La reine et la mort

La reine et la mortJe ne peux pas même joindre ces deux motsLa reine est morteEt pourtantIl y a quelque chose qui s’immisce là-dedansS’insère entre les deux comme un étaiLes fait violemment repousser l’un l’autreQuelque chose comme une fenêtre alluméeDans un amoncellement d’immeubles anguleuxQuelque chose comme une fente du cielDans un nuage lent rouge qui s’affaisse sur les piquesDes toits perçant les couches du bleu du pourpre et du céladonFaisant couler le vermillon et l’ocreLa reine des cieux qui change les couleursDe son royaume faisant tourner les éoliennesQui est si vaste qu’on peut aisément y mettre toute son enfanceEt si … Continue reading La reine et la mort

Ma vie est un morceau interminable de piano

Ma vie est un morceau interminable de pianoQue jouent les doigts transparents et ductilesDe moi-mêmeD’autres personnesDes circonstances des problèmes des solutions des songesDes gens que j’aime de ceux que je haisDes vérités que je vête des mensongesDe l’héritage duquel j’essaie de m’arracherIls bougent tous d’une manière ininterrompueEn s’éloignantSe rapprochantSe rencontrantTouchant s’entremêlantPuis après une hésitation bien calculée et correspondant parfaitement à la partitionIls se séparent divaguent divorcent distendentSe désengagent désabonnent débarquent mais demeurentParties de la même figure du pianisteQui ne cesse jamais de répéter les parties dures les passages complexesFaire les mêmes erreurs recommencer dès la première mesureÀ mesureQue les touches … Continue reading Ma vie est un morceau interminable de piano

L’univers

L’univers, mon chéri, j’ai une chose à vous direJe vous aime, je vous aime, même si ça vous fait rireMême si ça vous fait perdre vos étoiles et vos videsLes laissant ruisseler sur mes mains lividesQue je tiens vers vous depuis mon balconVous croyant gentil pour une raison quelconqueJe vous fais une offrande me penchant dans la nuitEntachée des écrans et plaisante à l’ouïeJe m’agrippe avec force au métal de la barreEn livrant mon front pâle à vos gouttes avaresQui, sorties des nuages cabossés et hirsutesCherchent à être adoptées par une âme qui transsudeÀ travers les rayures de chair et … Continue reading L’univers

Les fenêtres du quartier

Les fenêtres du quartierAvec les silhouettes des habitantsComme la photo fameuse du trou noirOù tombe la lumièreDes jours d’étéDes jours d’hiverDes jours fériésDes jours ouvrésS’effondre dans le cœur de solitudeDu temps perdu et de l’espace courbéD’espaces entre les mots qui blessentEt d’intervalles avec lesquels ils vibrentTous comprimés en un seul pointLourd d’un million de soleilsD’où n’échappe rienMême les sanglotsMême les prièresMême le cliquetis d’une fluette cuillèreDans une tasse de chocolat attiédiRien sauf la radiation très faible et en faitComplètement théoriqueQui émane de la noirceur des vitresEt que tu peux parfoisDeviner dans l’oscillation d’un petit objet brillantQui semble être à l’intérieur … Continue reading Les fenêtres du quartier

Moi

Moi dont les jambes étiques et torduesAvec tous leurs mouvements et les modèles de jeanToute leur hésitation et leurs pas décisifsY compris ceux-ci que je n’ai pas encore faitsSont sorites d’imbroglio du grand kaboomAu moment où le temps n’était qu’un prétexteInventé pour sortir la matière de son trouOù elle se sentait si bien et non-existantAu moment où il n’y avait encore pas de momentsEt le son de la télé suintant du salonEt le bourdonnement du frigo bien rempliAinsi que les Lumières et la Guerre de Cent AnsN’étaient que les erreurs répétées de mesureD’un angle aigu entre l’être et le non-êtreQui … Continue reading Moi

Réel

Quand j’ai vu les premières photos du télescope spatial James Webb, je me suis dit tout de suite : voilà ce moment. Le voilà, tu t’en souviens bien, n’est-ce pas ? Ce moment, très près du point où tout a commencé — pas exactement le début, mais diablement proche. Si proche que, quand on en pense, ce n’est pas seulement l’image du passé qui vient à l’esprit, en évoquant une réminiscence habituelle, faible et estompée, ce ne sont juste des sons et des odeurs qui essaiment vers la porte entrouverte du château fort du présent, en se jetant contre ses … Continue reading Réel

***

Луна, нанизанная на низкие облакаБелокаменно накатывающие на лакуны небаБалконы и впалые дорог бокаБокалы дворов с закрученной степью Ступенек площадок ожиданий звонковКавычек пальцами в отчаянной иронииВнутри каждой из желтых комнатНаросших на серой ветке метро Машинные залы неспящих гидроэлектродумРаспластанные на набережных пустых и грозныхФортепианное соло пересекающее темнотуНе останавливаясь как стая ночных апостолов Пространства между камнями брусчаткиПод сенью диктатуры и индустрии модГде на расплесканном в шестидесятых молчанииЖивет устойчивая к режимам биота Решение всех мировых проблемСтоящих перед прозрачным и неточным завтраТаящее в горячем компоте морейПо мере того как открываются глаза Солнце, пекущее исподние штатыЗавернутой в слишком короткую ночь ЗемлиЧьи-то шаги несмелые шаткиеВдоль исчезающей пенной … Continue reading ***

Je mens

IJe mens. Je m’ensemence des faux serments et je m’en sensSain, sauve, heureux, en toute sécuritéJe m’ensevelis et j’en susciteLe sentiment d’immense satisfactionMais sans aucune trace de saleté là-dedansJe mensSans nécessité dans tous les sensAvec sérénité et une grande aisanceJe mens depuis enfantPeut-être même depuis ma propre naissanceOu bien que sais-je peut-être bien avantQue je ne sois conçuÀ ce moment très dramatique et si puissant qu’il a réussiD’une manière mystérieuse et totalement hors-scienceÀ traverser les parois de cellules d’épiderme et pénétrer dans les espaces sous-cutanésDu jeune corps de ma mère dont les seinsOnt été caressés par une main frêle et … Continue reading Je mens

Quelqu’un

Est-ce qu’il n’y a dans tout l’univers qu’un seul tilleul, chauffé par son étoileSur un terrain vague entre deux voiesQu’une seule épicerie de nuit brillant furieusement comme un phareQu’un seul fleuve charriant les éclats de boisEst-ce qu’il n’y a pas de guerres, pas de meurtres, pas de tires, pas d’attentatsPas d’émissions spéciales pour marquer l’anniversaire sombrePas de minutes de silence, pas de fermeté des hommes d’ÉtatMême pas d’écho des pas d’un voisin ou de bruit de la poubelle qu’il sort Aucun mouvement dans la noirceur autour d’innombrables globesQui roulent dans leurs ornières tournant dans le silence totalAucune buée sur la … Continue reading Quelqu’un

La cloche

Les moires auditives du son de la clocheQui paraissent lentement à mesure qu’il s’approcheSur la lisse surface du bruit de la pluieDont les vagues livides déferlent sur la nuitCaressant les murailles des grises bâtissesAssoupies dans leurs rues à moitié endormiesPresque dissimulées dans les douces ténèbresEt seulement jalonnées par les taches de fenêtresQui s’allument et s’éteignent comme les reflets dans l’eauComme les points lumineux dans le noir là-hautDont on connait les noms et les coordonnéesMais ignore toujours de quoi ils sont nésLes fenêtres entrouvertes dispersées dans la nuitLes morceaux diaprés accolés sur le videLes ocelles de lumière sur la nuque d’un … Continue reading La cloche