La main nocturne

La main nocturne qui envideLes fenêtres jaunes sur le videLes murs grisâtres sur le rienLes âmes des autres sur la mienne Les édifices qui sommeillentQui s’enchevêtrent qui s’emmêlentDans le filet de troncs d’érablesDans les hiéroglyphes des rails Le jour prochain qui sort des vitresComme un bizarre embryonCouvrant la coque de la nuitDe minces fentes des avions Le noir des yeux le rose des peauxLes pas légers des réveillésLes rais qui tombent comme des copeauxDes portes-fenêtres entrebâillées Les dissonances les unissonsLe grand silence qui s’étendLa grille courbée des petites maisonsLa flaque bleue de l’océan La lame vermeille de la lumièreFait une … Continue reading La main nocturne

Le mouvement

Le jour pur et durSe mue en doux soirLaissant place à la nuitDans le vaste pourrissoirDu passé du présentDe l’impalpable futurOù l’âme vaguement pressentSes prochaines amertumesL’azur devient le noirLumière devient ténèbresL’homme joue son humble partEt l’homme resserre ses lèvres Continue reading Le mouvement

Le brouillard

Les réverbères coupent l’airLeurs rais s’occupent de l’hiverQui, grand et sombre, s’affaissaSur le monceau de raides façades Les rues se courbent autour des rouesLes murs attrapent les voix qui hurlentLes roues, eux, roulent, les voix, eux, raillentLe noir miroite entre les rails La ville saumure dans le brouillardSes formes mornes, ses toits rigidesSes citadins, ses âmes trouillardesN’osant sortir de leurs gîtes Les minces palmures de la lumièreRemuent doucement la nuit gluanteLes immuables réverbèresSortent de leurs stalles dans l’asphalte L’essaim de grandes tortues marinesPar la fêlure dans l’aquariumSous le couvert de la bruineSe file lentement dans l’océan Continue reading Le brouillard

L’étain de l’aube

L’étain de l’aube qui brasilleAu fond des grands chaudrons des ruesD’où les lueurs de domicilesS’envolent comme la cendre et où Les songes se brassent les mains s’intriquentLes lèvres s’ouvrent les creux résonnentDes sons de pas-encore-répliquesJetées par pas-encore-personnes Les gouttes de bruine sur le pare-briseÉtouffent le feu sous la chaudièreQui s’aplatit et se taritQuand on avance dans le quartier Le moule des jours sculpté des toitsForgé par les marteaux de nuagesLà glisse la livide étoileGrattée par le pique-feu d’étages Une braise d’amour une bave d’espoirPétillent toujours dans les ténèbresLe jour indiscernable du soirLes mots inséparables des lèvres Une fenêtre orange qui … Continue reading L’étain de l’aube

Saint-Pétersbourg

Les yeux des ponts de PétersbourgLes pigeons mauves sur vos sourcilsLes larmes figées des sombres toursQu’émane la ville de ses lacis L’impénétrable coucher radieuxDerrière lequel s’étend le videContenant encore un peu de dieuGrouillant de l’injoignable vie Les couches du bleu les couches du vertLes touches du rouge pour les colonnesQui, comme en hésitant, s’insèrentDans les serrures versicolores Les taches du jaune pour les lumièresQui tendent leurs souples tentaculesDes lisses quais dans la rivièreFrôlant le jour qui recule Les cours parfaitement circulairesD’où lancent leurs vols saisonniersLes lignes de linge irrégulièresVers l’azur sillonné des nefs Les âmes des hommes les âmes des … Continue reading Saint-Pétersbourg

La pêche

Les murs catchés dans le filet des ombresQue jette sur eux le pêcheur du matinLes fenêtres qui tressaillent sur les flancs des immeublesComme les branchies d’un poisson haletantLe jour se lève, l’étoile s’arronditUne autre truite pantelante s’ajouteÀ un amas de pêche qui granditSur le pont du bateau glissant d’écailles des jours Continue reading La pêche

La lune comme une pilule

La lune comme une pilule d’aspirineQu’ont jetée de très loin dans la nuit tièdeLes mains d’un vieux monsieur malingre et fébrileCherchant pour ses complexes problèmes un simple remède La lune se dilue s’estompe à mesureQu’on la regarde depuis la TerreLa lune émane les bulles pétillantes du jourDonnant à la nuit un goût légèrement amer Le jour arrivera la fièvre sera vaincueLe songe d’un vieux monsieur se dissoudra dans l’airSur l’horizon il restera un peu d’écumeComme un dépôt laissé au fond d’un verre Continue reading La lune comme une pilule

СПб

Расплывчатый оникс небаВ оправе заневских карнизовЗа вычетом пары планетИссиня-дворцово-сизый Костлявая божья дланьШуйца ли десница лиОтмахивает джетлагЗаката тире зари Высокие этажиСмеются кроша бетонНаследия в кислые щиРождественской маеты Мечтает взобравшись на шпильПонурая Сейлор МунКак треснув апрель зашипитИ как прибежит июнь Железные балюстрадыНаморщенная рекаПроглоченные мостамиБесперые облака Течение темнотыМеж линиями В. О.Прихожие и котыДрожание альвеол Пустые залы музеевНедвижные марши лестницШартрезно-литейно-рассеянныйТрубу зацепивший месяц В карманах поношенной мглыНадетой поверх пижамыНа улицы и углыЗаезжего парижанина Среди разноцветных экрановОберток записок окурковТы ищешь бесценный аграфПотерянный мной Петербург Continue reading СПб

Le vaisseau

Le vaisseau sanguin de la conscienceQui traverse le corps d’éternitéLes souvenirs les songes les expériencesLes paroles qu’on ne peut faire taire L’étendu du ciel qui tombe dans les prunellesLes couleurs qui l’une après l’autre s’insèrentDans les creux d’un moule qui meurt et qui renaîtS’allumant parfois d’une joie sincère De bizarres figures qui rampent et qui tortillentQui n’ont toutes qu’une seule bizarre affaireExister le plus longtemps possibleSans comprendre ce qu’est le contraire La mémoire qui coule dans les artèresDu vivant, du mort et du non néDont les gouttes éclaboussent la terreQuand le monde se fait une futile saignée Être vivant ne … Continue reading Le vaisseau

Les nuages

Les nuages qui sortent du boulangerJaunes, chauds, mous, graisseux et glissantsPour passer au-dessus des mâchoires des quartiersQui les rongeront, laissant tomber des miettes sur leurs façades Les nuages frais, brunis, disposés sur la nappe de l’azurComme des pâtés sur le comptoir dans la cuisineOù se mêlent en un incessant murmureLe clapotement d’eau, la friture et la balbutie Un jour d’été — je ne sais quel mois ni quelle annéeLa porte claque l’air chaud s’engouffre dans le salonLe vert des feuilles le blanc des cheveux le rouge des peaux tannéesSuintent à travers les fentes d’une spacieuse maison Les lames dans le … Continue reading Les nuages