Un matin particulier

Le petit-matin dans l’appartement de mes grands-parents à Saint-Pétersbourg, très tôt — 5 heures, peut-être même 4 — le mois de juin, le soleil, grand, flou, s’est déjà levé, il déversait ses rais dans l’appartement à travers la fenêtre de l’atelier de mon grand-père, où ils se cassaient et se fondaient immédiatement en se transformant en des moires blanches sur le parquet, qui de là se répandaient par l’écluse des portes ouvertes de l’atelier et de la chambre de la grande-mère où je dormais, séparées par le court isthme du corridor, tous ensemble s’arrangeant en une forme d’enfilade ininterrompue. Les … Continue reading Un matin particulier

Quelle est la différence

Quelle est la différence entre une étoile fixe lointaine
Mise un peu par hasard entre deux pins noirs saillant au bord d’un champEt la lumière d’une bicyclette qui se déplace coupant un petit côneDu corps noircissant de la colline collée en arrière-plan Quelle est la différence entre la ligne d’horizon tout rougeEt la courbure d’un doigt qui bouche la Lune bosseléeQuelle est la différence entre un homme aux portes de RomeEt une pierre roulée qui jette son ombre sur les autres pierres La différence entre le bruit que fait la roue quand on ne pédale pasEt celui de la tempête de … Continue reading Quelle est la différence

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Une traînée d’avion qui sort d’un nuageComme une échine d’une poule décapitéeLentement se courbe et ensuite se détacheQuand le vent rend évidente sa fausseté La poule qui a créé le soir en pondant le soleilDans le coin rouge et mauve entre les façadesEt dont le corps lardé sur lapis-lazuliS’étire infiniment vers l’horizon Les silhouettes des oiseaux les vrais si nettes et silencieusesTraversent le volume de transparenceEn y laissant les traces comme les balles dans l’eauEn se coinçant dans la matière qui pense Les lèvres entrouvertes de celle qui contempleLa mer moirée moutonnée à l’enversForment un « O » comme dans … Continue reading ***

Alien

Un arbre mouillé dans les coordonnées mouilléesCerné des gouttes qu’un réverbère a mises sur ses rameauxUn arbre noir glissant comme un alienEt moi qui le regarde comme Ripley Le bleu le noir je prends un peu de deuxComme si j’avais le droit de séparerLe reste du ciel de la route tailladéePar les ombres des fûts mais je le fais pareil Un nombre gênant des morts en PalestineReste dans l’air imbu de mi-janvierQuand je passe devant un taxi solitaireOù scintillent le chauffeur et son ennui La transparence l’aérosol qui forme des cônesUne longue taffe la friture de radioCe sont eux les … Continue reading Alien

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Le rouge inciséLe vert intrusLe turquoise est sous attaqueLe marron se fait marauderPar l’émeraude et le carminEt les couleurs sans noms précisQui se dispersent comme sur les rivesD’un fleuve qui va vers l’horizonEn devenant plus tard un pontPuis les riverainsPuis leurs regardsPuis les ramures les remuementsDes herbes un sourire une mainLe ciel se verse dans le paysageEn s’insérant entre les collinesQui sans lui seraient bizarresCollées directement sur le videOù la pensée ne serait penséeEt les pas lents ne serait pas lentsEt les amours ne seraient pas drôlesEt les personnes ne seraient ni seulesNi séparées ni ensemblesBref ce serait une tout … Continue reading ***

L’alphabète du rêve

L’alphabète du rêveÉcrit sur les murs jaunesPar le rayon lunaireQui tire de ta me-moire des objetsEt des personnes tordusEt surdimensionnésCar le mur est obliqueEt le rayon est longLes lettres étrangesQui disent tout et rienDans un langage du mondeQui devient réelÀ mesure qu’on s’endortLes ombres hiéroglyphiquesPar la Lune étiréesLes mots qu’on ne sait lireMais arrive à rimer Continue reading L’alphabète du rêve

Les odeurs

L’odeur de la maison de SachaL’odeur des biscuits pour l’annivL’odeur du coca déversé puis séchéMais qui colle toujours aux doigts L’odeur de l’été bruléL’odeur du papier froisséL’odeur de fumée qui émane de la fenêtreOù cuisine la mère de Sacha L’odeur du mois de juinL’odeur de la liberté pureL’odeur des jeunes herbes qui percent le bleuCelui qui n’a pas d’odeur Ou peut-être si c’est justeQu’on ne peut le mettre en motsQu’en disant les choses qui sembleraient drôlesEt donc on les garde non dites L’odeur d’une marche solitaireLe long des clôtures inclinéesQui sont déformées par la masse des souvenirsEt par les rafales … Continue reading Les odeurs

Mitraillé

MitrailléeLa forêt est mitrailléePar les réverbères qui la trouent à l’enversEn découvrant derrière le pare-balles du noirLe vulnérable corps de la lumière MitrailléeLa rue est mitrailléePar les mitrailleurs des yeux qui la regardentEn découvrant les entrailles de la perspectiveDans le corps moelleux de la brume MitrailléLe ciel est mitrailléPar les épingles éparpillées des étoilesQui agrafent les manches de l’obscuritéÀ l’horizon qui est paf qu’il est pas mal paf MitrailléLe vert est mitrailléPar l’arrivée prudente de l’azurQui lance sur les batteries démasquées du sommeilLes tracts appelant à capituler MitrailléLe noir est mitrailléAprès une brève coupure d’électricitéPar les rangées des cages d’escaliersQui … Continue reading Mitraillé

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Кислотница начала 2000-х, ты будешь ходить медленно и тягуче по улицам города, который не в клеточку и не в линеечку, из чьих окон занавески вычли человеческие чуть-чуть и солнечные чересчур, эмо-девочка начала 2010-х, ты будешь чертить твоими сложными шагами на плане этого города, тебе не принадлежащего, но неплохо смотрящегося, можно было бы сказать, если бы был шмоткой, твои маршруты от и до, рядом и между, про и контра, зачем-то и почему-то, ты будешь делать твои заученные движения, от которых ни лучше, ни хуже, просто как прежде, просто как прежде, твои волосы, лежащие ровно, чуть касающиеся плеч, будут колыхаться совсем чуть-чуть, … Continue reading ***

Сцена

Сцена, застывшая в памяти, как юрский комар в капле янтаря: сально улыбающийся мужик с пухлым бумажником в ночной аптеке под домом Л**, протягивающий пятитысячную купюру растерянной девушке в вечернем платье, которая выше его на две головы, со словами: «Блин, разориться на вас можно!» в ответ на ее робкую просьбу дать ей денег — «На что?» — «Прокладки»; я и Л**, наблюдающие эту сцену каждый со своей немного стушеванной позиции — я как потенциальный партнер (что в тот момент в моей голове автоматически переводилось в ту или иную форму мужика с кошельком), но с привитым поколениями бедной интеллигенции отвращением к такого … Continue reading Сцена