Je mens

IJe mens. Je m’ensemence des faux serments et je m’en sensSain, sauve, heureux, en toute sécuritéJe m’ensevelis et j’en susciteLe sentiment d’immense satisfactionMais sans aucune trace de saleté là-dedansJe mensSans nécessité dans tous les sensAvec sérénité et une grande aisanceJe mens depuis enfantPeut-être même depuis ma propre naissanceOu bien que sais-je peut-être bien avantQue je ne sois conçuÀ ce moment très dramatique et si puissant qu’il a réussiD’une manière mystérieuse et totalement hors-scienceÀ traverser les parois de cellules d’épiderme et pénétrer dans les espaces sous-cutanésDu jeune corps de ma mère dont les seinsOnt été caressés par une main frêle et … Continue reading Je mens

Прабабушка

Мою прабабушку Маню — вернее, одну из многочисленных сестер моей прабабушки, никогда не бывшую замужем и, кажется, не имевшую мужчин в своей жизни, — я помню исключительно по даче. Она была неотъемлемой частью моего дачного эскпириенса, если я могу себе позволить так выразиться, его обязательным элементом, настолько постоянным и естественным, как если бы самое лето как феномен было без нее физически невозможно. Ее бессменная синяя шерстяная кофта, плотные тканевые чулки и пучок седых волос на голове, закрепленный черной заколкой, были всегда одинаковыми, с точностью до легчайшего оттенка и тончайшего колебания кристаллической решетки. Неизменными были также сладости, которыми она меня баловала … Continue reading Прабабушка

Quelqu’un

Est-ce qu’il n’y a dans tout l’univers qu’un seul tilleul, chauffé par son étoileSur un terrain vague entre deux voiesQu’une seule épicerie de nuit brillant furieusement comme un phareQu’un seul fleuve charriant les éclats de boisEst-ce qu’il n’y a pas de guerres, pas de meurtres, pas de tires, pas d’attentatsPas d’émissions spéciales pour marquer l’anniversaire sombrePas de minutes de silence, pas de fermeté des hommes d’ÉtatMême pas d’écho des pas d’un voisin ou de bruit de la poubelle qu’il sort Aucun mouvement dans la noirceur autour d’innombrables globesQui roulent dans leurs ornières tournant dans le silence totalAucune buée sur la … Continue reading Quelqu’un

Откроется

Однажды Макдоналдс на Пушкинской снова откроется. Это случится неизбежно — потому что таковы законы экономики, зайка. Таковы законы природы, таково расписание поездов на Киевском вокзале и таков узор царапин на мраморе в вестибюле станции метро, где ты стоишь у высоченного мутного окна с недостижимыми даже для самых усердных уборщиц частичками пыли из шестидесятых, ниточками сухой паутины из восьмидесятых и застрявшими во временных трещинах выцветшими медяками из одного дня в середине пятидесятых, где с морозной улицы залетела гурьба, засверкали чубы, запестрели платья, загремели басы и зазвенели альты, оглашая потепление во всех возможных регистрах этого слова. Макдоналдс откроется. Откроется Старбакс. Затекут слюнки … Continue reading Откроется

La cloche

Les moires auditives du son de la clocheQui paraissent lentement à mesure qu’il s’approcheSur la lisse surface du bruit de la pluieDont les vagues livides déferlent sur la nuitCaressant les murailles des grises bâtissesAssoupies dans leurs rues à moitié endormiesPresque dissimulées dans les douces ténèbresEt seulement jalonnées par les taches de fenêtresQui s’allument et s’éteignent comme les reflets dans l’eauComme les points lumineux dans le noir là-hautDont on connait les noms et les coordonnéesMais ignore toujours de quoi ils sont nésLes fenêtres entrouvertes dispersées dans la nuitLes morceaux diaprés accolés sur le videLes ocelles de lumière sur la nuque d’un … Continue reading La cloche

Un homme au bord de l’océan

Un homme au bord de l’océanUne goutte de conscienceVenu à la rencontre des gouttes d’eauQui sautent en l’air qui éclaboussent son visageQui le taquinentLe saluentLui disent allo mon vieuxBonjour/hiBienvenue chez vousRavi de te voirOu bien revoir pour une énième foisMême si ta mémoire ne conserve que les deux dernièresL’été 2017 l’été 2022En omettant tous les hivers et les automnes de tous les ansAvant qu’on commençât à suivre ce drôle de calendrierDe tous les millénaires des ères et des éons qu’on a passés ensembleMoi dans mon lit rocheux roulant mes vagues verdâtreToi sur le fond, fumant noir, flottant, sans te mouver, … Continue reading Un homme au bord de l’océan

Шлюз

Поздний вечер одной из бесконечных недель февраля — стеклянный, морозный, кирпично-порожний, в бетонную клеточку и в грязно-снежную полоску, открытый на узенькую щелку, из которой вьется втихаря выдыхаемый сигаретный дым и в которую стремится неумолимая гигантская зимняя ночь — словно черная вода Енисея в шлюз на могучей плотине, возведенной безустанными отрядами моего собственного бессознательного, что денно и нощно ищет, не удосуживаясь поставить меня в известность, альтернативные источники энергии в давно исчерпавшей ресурсы сырого счастья и природной надежды стране. Вой поздней электрички за окном, просящейся домой, в тепло — зов длинного загадочного змеистого существа, покрытого желтыми пятнами окошек с фигурками клюющих носом … Continue reading Шлюз

Elle

Je tiens un flacon de parfum dans ma main. Il scintille dans la lumière ambrée du soir suintant à travers les rideaux immobiles dans l’accalmie parfaite de l’air, il tamise les rayons droits et poussiéreux, les filtrant avec ses parois et les émettant à l’autre côté, où ils touchent, radoucis et tempérés, la surface râpeuse du mur, y formant une tache ovale avec une petite écorchure qui correspond à la forme de mon doigt, posé sur le bouton-poussoir de vaporisateur. Je l’appuie. J’aspire. J’aspire, par morceaux, Paris, métro, la femme en manteau, son mari en chapeau, leur fils avec ses … Continue reading Elle

La lettre

Bonjour Monsieur Vaschuque, Je me présente : je m’appelle Marcel, je suis votre père. Eh oui, je sais, je sais ce que vous venez de vous dire. Je peux même imaginer l’expression de votre visage en ce moment-ci : les yeux roulés vers le ciel, les sourcils légèrement haussés, puis les paupières se baissent en se fermant pour un instant comme en un effort désespéré de retrouver le calme et la rationalité dans ce monde complètement déjanté ; vous regardez ailleurs, vous aspirez profondément, mais prudemment afin de ne pas révéler votre déception — tout comme un grand connaisseur d’art … Continue reading La lettre

La datcha

La datcha. Trois mois de l’année, la moitié de la vie ressentie, relativiste comme un rai de soleil de la première semaine de juin, citronnée comme le thé dans la grande tasse de mon grand-père à la fois aimé et effrayant à cause de sa taille, elle était toujours là — là où je l’attendais, là où je me précipitais après être descendu du train en provenance de Saint-Pétersbourg, là où la lumière faisait courir sur le sol piétiné d’une petite ruelle des drôles d’ocelles comme sur le cou de girafe, produites par les réflexions du soleil multiplié dans le … Continue reading La datcha