Éclat

Est-ce que la personne qui concevait le slogan « Protégez votre éclat » pour une marque de crème solaire pensait du contexte dans lequel il allait s’encadrer quelque part dans le monde, pour exemple, dans une vitrine sur une rue agitée de Montréal mouillé et pluvieux, mais toujours brillant, éclatant — protégeant ? — qui s’étend devant les yeux d’un nouvel arrivant, ce petit point — vu des toits — ce passant longiligne et maigre, qui se dresse sur l’intersection du boulevard René-Lévesque et la rue Sainte-Catherine, en prenant de drôles des poses, l’une plus artificielle et incommode que l’autre, … Continue reading Éclat

La nuit dans la cuisine

La nuit dans la cuisine canadienneDont effleurent les détails les phares de routeLe tapis le sofa l’écran de téléRien à voir personne à l’écoute L’immensité de ce silence qui émancipeLa pensée de celui qui s’y gareLa fragilité des verres qui durcitL’ombre du contemplateur gracile La blancheur d’étiquettes dans la pantryEt celle des dents dans un sourire incertainLa baie vitrée qui fait pénétrerLe noir dans le vert et vice versa La énième variation sur le thème classiqueUn essuie-tout froissé un pot inachevéDu beurre de cacahuète le bleu transatlantiqueLe bruit d’avion de chasse qui revient La pile d’assiettes abimées par la LuneLes … Continue reading La nuit dans la cuisine

Угловой дом

Угловой дом в Вырице. Белые штрихи забора на черных штрихах. Голубое небо между кусочками зелени, черное пятно компостной кучи, красное пятно туалета. Прозрачность веранды, неподвижность метлы на крыльце. Пластмассовый стул на мокрой осоке в саду, на нем силуэт человека, читающего Чехова. Что еще может читать человек, чилящий на пластик чейре в такой час? Когда над участком ползут, скучиваясь и рассредоточиваясь, легкие булки-облака, превращаясь то в Америку, то в Соединенное Королевство, то в слегка наклоненную шею Анадиомены, то в запрокинутую голову кокаинистки, когда их жесткие сестры-машины чуть быстрее ползут по горячему асфальту и шуршащему гравию, то приближаясь, то удаляясь, но никогда … Continue reading Угловой дом

Un reflet

Un reflet du tronc noir qui se tortueEn synchronie avec un chant du pinsonLà où les couleurs s’entrelacent et s’entretuentEt où l’on pense apercevoir les ondes Les orifices d’une soirée en sépiaOù s’insèrent les bras en azur clairPour écoper tant que faire se peutL’eau noire du crépuscule qui s’insinue Dans l’immensité du jour qui s’en vaPar les fissures entre les façadesDont un minime morceau peut-être sauvaLa main du faiseur de selfies Les cyprès le marbre les herbes la chaleurLes antennes les briques un supermarché ferméUn nuage oblique étiré entre l’orange et le bleuEt bien d’autres choses qu’on ne sait pas … Continue reading Un reflet

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Une vie qui point d’un corpsD’un corps qui se perche par la fenêtreLa fenêtre faite dans un siècleUn siècle qui point aussiD’une masse des sièclesFaisant des cerclesSur la surface d’on ne sait quoiMais qui est là là on est sûrCe qui fait que les nuages lentsSe coupent en formes rectangulairesEt que la silhouette d’une femmeSe mue en silhouette d’un cygneEt que le cygne devient l’IrlandeEt que le vert devient plus sombreEt les fenêtres deviennent orangesEt les murs mouillées se blottissentL’un contre l’autre comme les corpsDes couples in loveDes souverains fousDes soldats mortsDes point-virgulesDes textes classiquesQu’on écrit au moment même de … Continue reading ***

Un trou bleu

Un trou bleu sur le ciel troubléUn pinson qui fait signe au sapiensUn mercenaire des airs ambivalentsQue l’horizon essaie d’assassinerMais les lilas mais les tilleuls mais les bouleauxLe font renaître de leurs entrailles mauvesEn aspergeant la masse nébuleuseMortellement mitraillée par le bleuDes silhouettes ailées qui s’accélèrentÀ mesure que le bleu se fonceEt que le rouge épuise ses ressourcesDe rougissement et le noir surgitDes fissures entre les façades et les façadesQu’on appelle ciel même si l’on dit ça en souriantCar on ne dit pas ciel dans le contexte socialPinson on ne dit pas non plus ni sapiensMercenaire si mais c’est une … Continue reading Un trou bleu

Салат

Среди чашек и бликов, голосов скрипучих и звонких, сквозняков и цыганских вожжей, засохшей грязи в колеях на переулке и прозрачной зелени осоки, просеивающей полуденный свет, затерялись мои ориентиры — вещи и события, за которые держится рука, когда через толщу геологических пластов своих собственных повторений пытаешься нащупать то, к чему действительно подходит слово «реальность» — не потому, что оно попадается тебе на странице открытой наугад книги в сельской библиотеке, где на бумаге проступают темные пятнышки, когда ее просвечивает висящее за пыльным окном чеховское солнце, а потому что это слово вдруг само сваливается с языка, как остаток куриной грудки, упорно вылавливаемый из … Continue reading Салат

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Un train de marchandise qu’une forêt suce de l’autreUn pont troué qui y assiste en bavant d’un fleuveAu-dessus de cela les nuages en forme d’escargotsEt l’horizon rongé par les villages mauves L’image dans l’image que j’aperçois sous l’arc du viaducLe fleuve qui se fige en s’éloignantLe Moyen Âge que me parle si long et douxDerrière le verre de l’irréversible d’où la Lune miroite Les ombres les ombres les ombres les ombres les ombresDes arbres des arbres des arbres des arbres des arbresLe souffle le souffle le souffle le souffle le souffleDes gens des gens des gens des gens des gensJe … Continue reading ***

La forme

Comment sépare-t-on la forme d’une femmeQui se détache de la forme d’une flaqueSur l’asphalte mou où spiralent les pharesEt les sirènes excitent les résonancesLe mois de janvier touche à sa finLa femme touche à ses lèvresLes lèvres embouchent l’airL’air qui s’étale jusqu’aux bords d’un squareQui lui a l’air qui a l’airD’une baignoire où met la nuit venueLe moignon de son bras l’horizon nuQu’a recouvert le joaillier de BerlinDe ses arrondissements comme des guirlandesL’œuvre d’art l’œuvre d’artCelle qui marche et qui rompeCelle qui sort et qui rentreCelle du blanc et du noirDes sourires des larmesDe l’urine du marbreDe l’arabe et de … Continue reading La forme

Le chant d’oiseau qui reste après que le train est passéLe rouge qui reste après que l’azur s’est déployéL’immensité qui reste après que l’œuf s’est casséEntre les mains aimées qui restent là Là où les océans sont verts et les baraques bleuesLe vent absent et les fenêtres éparsesDans un paysage long et inintéressantOù l’on est seul et où l’on lit Jules Verne Qui sonne bizarrement semblable à vérandaOù l’on le lit et où étend ses raisLe soleil fraîchement peint d’une touche du pinceauDans la main de celui des grands-parents Qui parle le moins mais qui finit par être le plus … Continue reading