Les fils

La masse azure du ciel qui se sépare
De la terre ensommeillée
Tout en tirant les fils de caramel
Des toits, des escaliers de secours et des échafaudages
Qui s’allongent à mesure que le soleil s’avance
Qui se foncent qui tremblent
En prenant, pour un petit instant inexistant, la teinte rosâtre, si douce et parfaite
Qu’elle semble être mise par erreur dans le monde réel et non pas dans les yeux d’impressionniste
Ils vacillent dangereusement
Comme une frêle mâture d’un grand vaisseau lourdaud bercé sur les vagues du temps
Dont le roulis et le tangage se manifestent guère
Par la vitesse avec laquelle on tourne les pédales en rentrant du boulot
Ou par le ton de la voix avec lequel on dit « Merci, c’est tout » au boulanger
Ou par la mimique avec laquelle on accepte le fait que la guerre est déclarée
Le ciel se détache
Les fils ils tremblent ils luisent
Et à la fin ils se rompent
Coupés par les traînées de condensation, par les amas de nuages, les fenêtres allumées et les vols furtifs d’oiseaux qui traversent le panorama urbain
Juste au moment où l’on a cru voir directement
Le monde d’idées pures de Platon

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