Renaître

À V. Renaître. Se lever à 11 heures, sortir du lit en y laissant les troubles et les imperfections, ouvrir les stores. Laisser l’air chaud affluer dans ta pièce et se mélanger avec son air comprimé et les restes de ton parfum d’hier. Plisser les yeux, déplisser les yeux, regarder le soleil clignotant et dansant comme une monnaie mal formée jetée sur la surface plane. Regarder le soleil qui gère, qui règle, qui étend ses rais durs et rigides en mettant les gilets jaunes des travailleurs de construction dans les niches du paysage, sous les formes pesantes d’un centre commercial … Continue reading Renaître

Les taches

Les tachesDe lumièreSur le pavé incertainC’est incertainLa transparenceLa verdure la verdure la verdureLe gris de l’asphalte un morceauDe la rueQue coupeLa façadeIncertaineC’est incertainLes jambes courbées d’un hommeQui courtComme elles s’amincissentSous les effets de la lumièreQui les enveloppeL’homme qui courtN’a aucune connaissance de la partDe l’univers très lointainOù il n’y a rien mais vraiment rienRien rien rienRien pendant des millions de parsecsOn ne peut pas savoir çaEn regardant le pavé taché par la lumièreLes ocelles de lumièreCouvrant l’aile transparente d’une libelluleMal assemblée d’une ruelle et deux maisonsUne métaphore mal forméeQui tombe de l’arbre lui poignardéPar un rayon tellement purQu’on dirait je … Continue reading Les taches

La beauté

La beautéC’est la simplicitéMultipliée par la fragilitéMultipliée par la sagacitéMultipliée par la mortalitéFactoriellePuissance lumière livide qui suinteDe la fenêtre entrouverte les storesÀ demi fermés les silhouettes l’arabeUn hurlement qui se transforme en rireMultiplié par les courbures d’une ruePar les rayons stériles d’un lampadairePerçant la transparence dont la paroleSe met suivant les pas prudentsDans l’appareil de l’âme qui aperçoitUne 
toile d’araignée se séparantDu ciel noirci quand la source de lumièreEst obturée par la mince feuille de lilasSon aréole la voix d’une femme qui parle russeL’éparpillement des pas rapides les étoiles sombresMultipliées par les garçons qui les regardentMultipliées par les mères singles … Continue reading La beauté

Où mettre les nuages

Où mettre les nuagesDans une valiseOu dans un versOù les balcons sont videsEt une rue comme poreuseDans l’absence moite des voituresMais pas de toutes juste certainesEmmaillotées dans les souvenirsLes souvenirs vieux de cinq ansNe sont qu’une pellicule froisséeDes souvenirs vieux de dix ansQui eux ne sont qu’une pelliculeDes souvenirs vieux de cent ansQu’on n’arrive plus à décelerMais dont on remarque la présenceQuand un camion à une carrosserie videPasse en faisant du vacarmeEt le ciel se froisse et se défroisseEt l’on se pose presque comme siOn tapait dans une barre d’adresseSi énorme si rocambolesqueQu’on ne décelait plus de caractèresMais on le … Continue reading Où mettre les nuages

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Une nuit une rue un réverbèreUne pharmacie espace espaceTiret tiret deux points tiretL’information qui en ressortEt qui ne ressemble pas à rienDans ton cerveau méridionalDans ta chevelure noire friséeLes magiciens te feront des toursUn drôle de surnom d’AlexandreUne drôle de ville de PétersbourgUne drôle d’époque où ça fusilleOù ça s’enfuit et se suicideL’information ne traverse pasLe seuil d’une langue qui l’a conçueLe seuil d’une fenêtre qui l’a coupéeD’un espace blanc d’un hiver mouD’un siècle qui vient de commencerDans une ville sombre qui se découpeDe l’horizon lui bleu foncéL’information ne se dévoileL’information ne se laisse pasPercer par les ciseaux qui taillentLes … Continue reading ***

L’Indonésie

L’Indonésie elle est si loinSon nom Lina le seul souvenirQui reste après que s’explosaEn mille morceaux l’adolescencePuis s’assembla en sarcophageOù se conserve l’amour ou presqueSes trente-cinq ans mes quarante-deuxL’éternité cousue silenceDes corridors qui nous résistentQuand on essaie de s’approcherLa messagerie instantanéeLa porte bouchée par transparenceLes étendues du bleu intenseLes îles scindées par les maelströmsLes mains si minces que le soleilAu lieu d’en faire une silhouetteLes mêle aux filaments du linLes lèvres luisantes les lèvres aiméesLes mots qui naissent dans l’air humidePuis se propagent mais pas trop loinLes mares les terres le patrimoineD’un rire extrait d’un printemps blancFigé dans l’ambre d’un … Continue reading L’Indonésie

Le goût de la cerise

Si tu me demandesQu’est-ce que c’est que le goût de la ceriseJe te dirai que c’est le rireQui se borne à peu près aux lignes torses des clôturesEn contournant le périmètre des datchas voisinesUne rouge et l’autre jaune tirant sur l’orangeLes mains de mon grand-père qui les étend vers moiEn devenant si long que l’image vacille sur le bordDe Nightmare on Elm Street se normalise par la suiteQuand la fumée gicle de la cheminée de la banyaOù l’on va par l’invitation d’un voisin tatarGrand luisant difforme gentil lascif rigoloCamille son nom qui se collera plus tardÀ tout incluant Camille que … Continue reading Le goût de la cerise

Venus

Venus ut descendas ad me precorNescio quam longe abes sed scioTe fere me propius esse quamIuppiter Lunaeque eius pallidaeDubito nam te me audivisseSuspicorque te se rogavisseQuo modo invenimus nos seseSi neque te adeo vocariNeque tibi dico quam te careoDum Berolini solivago egoFlorentia tua autem est domusTantum manus moveo in vacuoUsque ad oculis tuis ocurroEt capillorum tuorum undasIn pariete quodam angoscoVivum argentum Lunae lucisPalidae ex latibulo noctisEx solitudini sollicitatoIn via deserta quam nunquamAntea ivi te video tequeVoco sed responsum non exspectoNon me aspectas neque vides meCum sic modo delineata esSed quoniam sumus in hoc locoPer casu vel deorum consilioSilentium ubi urbs … Continue reading Venus

Berlin 1945

1945C’étaient les couleursLe soldat qui couraitEntre les colonnesPuis tombaitC’étaient les couleursLe sang qui coulaitDe son cou clouéPar les balles de la mitrailletteÀ la pierre de la colonnadeIrrémédiablementC’étaient les couleursC’était tout en 4KEn plein réelDans le plus haute définitionDans le détail le plus fin possibleLa douleur la plus déchirante possibleSur les visages les plus distordus possiblesLes garrots qu’on faisaitLes grimaces qu’on faisaitLes gestes qu’on lançaitL’artère qui ne ces-sait pas de saignerQuand on criait comme si en suivant un drôle de scénarioPutain merde stop arrêtezEn s’ad-ressantau sangaux étatsunis et disjointsAux eaux de la SpreeAu printemps encore jeuneAu ciel qui crachait entre les … Continue reading Berlin 1945

Combien de tes baisers (Catulle)

Tu me demandes combien de tes baisersMe seraient assez ou même peut-être tropSi l’on pouvait compter les grains de sable libyenEntre le temple de Jupiter brûlantEt le tombeau ou dort le roi BattosDe Cyrène abondante en silphiumOu les étoiles qui quand la nuit se taitSe montrent aux âmes furtives des amoureuxCe serait le nombre, Lesbia, qui me satisferaitQui me serait trop peut-être follement tropInconnaissable ni pour les simples curieuxNi pour les mauvaises langues qui nous envient Version originale Quaeris, quot mihi basiationestuae, Lesbia sint satis superque.Quam magnus numerus Lybissae harenaelasarpiceferis iacet Cyrenisoraclum Iovis inter aestuosiet Battis veteris sacrum sepulcrum.Aut quam … Continue reading Combien de tes baisers (Catulle)