***

Une nuit une rue un réverbèreUne pharmacie espace espaceTiret tiret deux points tiretL’information qui en ressortEt qui ne ressemble pas à rienDans ton cerveau méridionalDans ta chevelure noire friséeLes magiciens te feront des toursUn drôle de surnom d’AlexandreUne drôle de ville de PétersbourgUne drôle d’époque où ça fusilleOù ça s’enfuit et se suicideL’information ne traverse pasLe seuil d’une langue qui l’a conçueLe seuil d’une fenêtre qui l’a coupéeD’un espace blanc d’un hiver mouD’un siècle qui vient de commencerDans une ville sombre qui se découpeDe l’horizon lui bleu foncéL’information ne se dévoileL’information ne se laisse pasPercer par les ciseaux qui taillentLes … Continue reading ***

L’Indonésie

L’Indonésie elle est si loinSon nom Lina le seul souvenirQui reste après que s’explosaEn mille morceaux l’adolescencePuis s’assembla en sarcophageOù se conserve l’amour ou presqueSes trente-cinq ans mes quarante-deuxL’éternité cousue silenceDes corridors qui nous résistentQuand on essaie de s’approcherLa messagerie instantanéeLa porte bouchée par transparenceLes étendues du bleu intenseLes îles scindées par les maelströmsLes mains si minces que le soleilAu lieu d’en faire une silhouetteLes mêle aux filaments du linLes lèvres luisantes les lèvres aiméesLes mots qui naissent dans l’air humidePuis se propagent mais pas trop loinLes mares les terres le patrimoineD’un rire extrait d’un printemps blancFigé dans l’ambre d’un … Continue reading L’Indonésie

Le goût de la cerise

Si tu me demandesQu’est-ce que c’est que le goût de la ceriseJe te dirai que c’est le rireQui se borne à peu près aux lignes torses des clôturesEn contournant le périmètre des datchas voisinesUne rouge et l’autre jaune tirant sur l’orangeLes mains de mon grand-père qui les étend vers moiEn devenant si long que l’image vacille sur le bordDe Nightmare on Elm Street se normalise par la suiteQuand la fumée gicle de la cheminée de la banyaOù l’on va par l’invitation d’un voisin tatarGrand luisant difforme gentil lascif rigoloCamille son nom qui se collera plus tardÀ tout incluant Camille que … Continue reading Le goût de la cerise

Venus

Venus ut descendas ad me precorNescio quam longe abes sed scioTe fere me propius esse quamIuppiter Lunaeque eius pallidaeDubito nam te me audivisseSuspicorque te se rogavisseQuo modo invenimus nos seseSi neque te adeo vocariNeque tibi dico quam te careoDum Berolini solivago egoFlorentia tua autem est domusTantum manus moveo in vacuoUsque ad oculis tuis ocurroEt capillorum tuorum undasIn pariete quodam angoscoVivum argentum Lunae lucisPalidae ex latibulo noctisEx solitudini sollicitatoIn via deserta quam nunquamAntea ivi te video tequeVoco sed responsum non exspectoNon me aspectas neque vides meCum sic modo delineata esSed quoniam sumus in hoc locoPer casu vel deorum consilioSilentium ubi urbs … Continue reading Venus

Berlin 1945

1945C’étaient les couleursLe soldat qui couraitEntre les colonnesPuis tombaitC’étaient les couleursLe sang qui coulaitDe son cou clouéPar les balles de la mitrailletteÀ la pierre de la colonnadeIrrémédiablementC’étaient les couleursC’était tout en 4KEn plein réelDans le plus haute définitionDans le détail le plus fin possibleLa douleur la plus déchirante possibleSur les visages les plus distordus possiblesLes garrots qu’on faisaitLes grimaces qu’on faisaitLes gestes qu’on lançaitL’artère qui ne ces-sait pas de saignerQuand on criait comme si en suivant un drôle de scénarioPutain merde stop arrêtezEn s’ad-ressantau sangaux étatsunis et disjointsAux eaux de la SpreeAu printemps encore jeuneAu ciel qui crachait entre les … Continue reading Berlin 1945

Combien de tes baisers (Catulle)

Tu me demandes combien de tes baisersMe seraient assez ou même peut-être tropSi l’on pouvait compter les grains de sable libyenEntre le temple de Jupiter brûlantEt le tombeau ou dort le roi BattosDe Cyrène abondante en silphiumOu les étoiles qui quand la nuit se taitSe montrent aux âmes furtives des amoureuxCe serait le nombre, Lesbia, qui me satisferaitQui me serait trop peut-être follement tropInconnaissable ni pour les simples curieuxNi pour les mauvaises langues qui nous envient Version originale Quaeris, quot mihi basiationestuae, Lesbia sint satis superque.Quam magnus numerus Lybissae harenaelasarpiceferis iacet Cyrenisoraclum Iovis inter aestuosiet Battis veteris sacrum sepulcrum.Aut quam … Continue reading Combien de tes baisers (Catulle)

Alors on vit Lesbia (Catulle)

Alors on vit Lesbia, alors on s’aimeEt les paroles des vieillards rigidesOn n’en donne qu’un seul as pour les tousLes jours s’enfilent et reviennent sans cesseNous une fois se coupe la lumièreIl faut dormir une nuit pérenneEmbrasse-moi, embrasse-moi mille foisMille fois encore, et une centaine de plusUn autre millier, une seconde centaineEmbrasse-moi puis cessons de compterPour empêcher le méchant plein d’envieDe savoir le tout de nos baisers Version originale Vivamus mea Lesbia, atque amemus,rumoresque senum severiourumomnes unius aestimemus assis!Soles occidere et redire possunt:nobis cum semel occidit brevis lux,nox es perpetua una dormienda.Da mi basia mille, deinde centum,dein mille altera, dein … Continue reading Alors on vit Lesbia (Catulle)

***

Un réverbère a enfilé les flaquesEn percutant leurs surfaces sereinesQui se situent sur les écailles d’une rueOù ruissellent les feux de circulationEt les passants s’allongent et se découpentEn s’insérant dans les morceaux du cielQui sépare les façades des façadesPour qu’on puisse avoir des fenêtresEn face et des regards curieuxDes passants blancs et des passants obscursSelon le temps et le moment de jourEt d’autres choses qu’on omet comme injustesLa rue ruisselle et les couleurs coulentLes fabriques fument et les algues s’agitentLa mémoire se forme les pas s’accélèrentSur le trottoir ressemblant à un corps de l’hydreQue le tramway éventre et les voitures … Continue reading ***

Un matin particulier

Le petit-matin dans l’appartement de mes grands-parents à Saint-Pétersbourg, très tôt — 5 heures, peut-être même 4 — le mois de juin, le soleil, grand, flou, s’est déjà levé, il déversait ses rais dans l’appartement à travers la fenêtre de l’atelier de mon grand-père, où ils se cassaient et se fondaient immédiatement en se transformant en des moires blanches sur le parquet, qui de là se répandaient par l’écluse des portes ouvertes de l’atelier et de la chambre de la grande-mère où je dormais, séparées par le court isthme du corridor, tous ensemble s’arrangeant en une forme d’enfilade ininterrompue. Les … Continue reading Un matin particulier

Quelle est la différence

Quelle est la différence entre une étoile fixe lointaine
Mise un peu par hasard entre deux pins noirs saillant au bord d’un champEt la lumière d’une bicyclette qui se déplace coupant un petit côneDu corps noircissant de la colline collée en arrière-plan Quelle est la différence entre la ligne d’horizon tout rougeEt la courbure d’un doigt qui bouche la Lune bosseléeQuelle est la différence entre un homme aux portes de RomeEt une pierre roulée qui jette son ombre sur les autres pierres La différence entre le bruit que fait la roue quand on ne pédale pasEt celui de la tempête de … Continue reading Quelle est la différence