La superposition des ombres

Il y a quelque chose dans la superposition des ombresSur les carreaux de la salle de bainAvec une rayure rougeâtre au niveau des yeuxFaisant une allusion confuse aux thermes RomainsUne porte ouverteUne fenêtre sur la courSoufflée de l’air impur de mi-févrierMême si février c’est sans pertinenceQuelque part sur une minuscule planètePrès d’une étoile comme ça jaune et chatoyante une goutte d’huileSuspendue dans une fuite de lumièreComme sue des photos en argentique faites sans trop réfléchir quand le vent est fortEn bas d’un immense tableau noir avec une sorte de bruit cinématographiqueQui inclut les premières formes de vie le premier baiser … Continue reading La superposition des ombres

Où êtes-vous ?

Où êtes-vous, les fils des oligarques qui achetiez des écharpes en cachemire dans le centre commercial « Quatre saisons » sur Roublyovka en tâtant savamment leur texture avec vos doigts tendres aux ongles bien manucurés ? Où êtes-vous, les filles des barons du pétrole qui fêtiez vos annivs au barbecue à l’américaine avec l’accompagnement de Coldplay en live bookés pour l’occasion et des cocktails à côté de la piscine ? Où êtes-vous, les petites sœurs qui faisiez des soirées pyjama dans vos chalets dans les villages clôtures à l’ouest de Moscou, où, dans vos chambres privées, il y avait des … Continue reading Où êtes-vous ?

Les cieux de Moscou

Il y avait peu de monde à Moscou à cette époque-là, les rues étaient vertes, l’air transparent, les images nettes, les pas vites, les bras longs et minces avec le poil léger doré par le soleil, je ne portais pas de lunettes, ses cheveux étaient lisses et parfumés, la rue constituait des têtes en mouvement, des vitrines qui éclataient quand on changeait de position un peu, des petits nuages de fumée, des petites hachures blanches de cigarettes éparpillées, des langues qui mêlaient les sons, des lèvres qui brillaient au soleil, le soleil qui était dans chaque sac en plastique, dans … Continue reading Les cieux de Moscou

Un nuage mauve

Un nuage mauve auréoléPar la rougeur des rais qui jonchentLe périmètre orange du cielUn peu courbé à cause de l’œilQui le regarde de la collineQui le regarde et lui colleUn demi-cercle du croissantEt un triangle des trainéesD’avions ressemblant aux têtardsDans l’aquarium multicoloreD’une soirée claire de mi-avrilSoit Moyen Âge soit l’ère moderneÇa fait même chose être présenteÇa fait même chose être vivanteÇa fait même chose ne pas parlerÇa fait même chose tout comprendreÇa fait même chose désespérerCar les paroles sont si lointainesUn nuage mauve un soleil rouge Continue reading Un nuage mauve

Sauve-moi

S’il te plaîtSauve-moiJe te parle des plis des nuagesEt je suis le poèmeQue tu veux écrire S’il te plaîtJe te parleDes trous de verdureDes rivières argentéesDes fissures des façadesEt leurs images maussadesQue corrodent les ondesDans un tonneau de pluie S’il te plaîtSauve-moiTiens-moiEmbrasse-moiBaise-moiAime-moiParle à moiOn est deux et le toutQui bruisse et entoureNe sait pas séparerLes poèmes des auteursLes auteurs des balconsLes regards des nuagesLes façades des troncs d’arbresQui ressemblent aux fissuresMais qui sont les figuresDans leur propre figementC’est pour ça que je demandeEn te voyant si petiteDans ta fenêtre ouverteQue bécote le soleilC’est de là que je parleC’est de là … Continue reading Sauve-moi

C’est là le poème

C’est là le poèmeSur la surface d’une flaque qui se couvre de petites rides sous la pluie commençanteComme d’une fine toile d’araignéeOu comme un soleil qui ressemble à une montre éventrée quand on louche ?Non c’est une métaphore déplacée C’est là le poèmeDans les fenêtres d’un appartement donnant sur la rue bruyanteAvec des guirlandes électriques qui clignotentPrêtant aux rideaux leurs couleurs ?Non, c’est une solitude C’est là le poèmeSous la porte-cochère où il y a de la lumière douceEt des murs râpeux avec des morceaux de mastic crevassé que s’écaillent ?Non, c’est du jaune Est-ce qu’il est là, le poèmeDans … Continue reading C’est là le poème

Geige

TonneauxRoulerGrisGlissantAliceWunderlandDecirGeigeGeigeGeige parle-moiMagasins fermésEncore ouvertsGeige parle-moiS’il te plait parleParle de quelque chose de perçantParle en perçant l’obscuritéComme tu le sais faireEn perçant—Magasin clignotantFenêtres avec de sil—Rail glissantPavéMagasinsMagari possiamo—Les stores baissésGeigeGeige s’il te pait ne t’en vas pas nonTout cela n’a point d’importanceStayJe vais te prier comme Hans ZimmerOu plutôt comme MurphyHans lui a composéLe soundtrackLe rail glisseSonMurphy elle a priéCooperSTAYSTAYS.T.A.Y.FatherS’il te plaitFather la GeigeMother la transparenceFaites-moi voilà c’est toutFaites-moi revenir en moiJ’ai envieJ’ai envie d’un SnickersMagasin ferméMagasin clignotantFenêtre qui regarde qui se froisseParce que le tramway passeEt le pavéLe reflèteJe te prieJe veux je veux je veuxJe veux je veux je … Continue reading Geige

Un soir

Une maison qu’un arbre a parfaitement cachéeEn recouvrant ses cheminées avec son branchageUn fil de réverbères qu’une ruelle s’apprête à mangerLe rouge chaud auquel l’arbre ajoute son jade Du rouge de soir du bleu restant du jourDu jaune de chez-soi de l’émeraude d’ailleursLes parlers parallèles de Mohammed et de JésusEt le long silence après où les deux se joignent Une personne mince qui marche une personne molle qui suitUne silhouette sur le vélo qui se dilateLe soleil éviscéré qui s’affaisse sur la villeÀ mesure que la maison se détache de l’arbre Continue reading Un soir

L’orange

L’orange que le soleil couchantDistribua sur les loggiasLes écorchant de leur vitrageEt les submergeant dans le rougeDu crépusculeDu sang qui couleDes lèvres qui s’ouvrent et qui sécrètentL’élixir doux des parolesCelui qui suinte d’une fenêtre à l’autreEn remplissant du pullulementLes alvéoles d’un long immeubleEn surplomb de Madrid RioEt les yeux bleu marbréL’observent d’une autre perspectiveSans le savoirL’orange devient noir Continue reading L’orange

Un tableau

Le rouge l’orange le mauve l’azurL’aigue-marine le presque vertLe vert vraiment le vert à peineSorti du corps du bleu foncéLe vert pistache le vert poireauLe vert tilleul le vert printempsLe vert dont on ignore le nomQui n’existe que dans ce poèmeL’orange s’en va le jaune persisteLes cheminées le seul objetSuffisamment chargé du sensQui est admis sur ce tableauLes gouttes qui coulent le rouge c’est denseAh oui les antennes elles aussiElles sont admises car elles sont mincesEt les insectes et les personnesSauf celles qui scellent les rideauxMais à part cela c’est tout le nuageQui forme une tête de hérissonUne partition que … Continue reading Un tableau