Éclat

Est-ce que la personne qui concevait le slogan « Protégez votre éclat » pour une marque de crème solaire pensait du contexte dans lequel il allait s’encadrer quelque part dans le monde, pour exemple, dans une vitrine sur une rue agitée de Montréal mouillé et pluvieux, mais toujours brillant, éclatant — protégeant ? — qui s’étend devant les yeux d’un nouvel arrivant, ce petit point — vu des toits — ce passant longiligne et maigre, qui se dresse sur l’intersection du boulevard René-Lévesque et la rue Sainte-Catherine, en prenant de drôles des poses, l’une plus artificielle et incommode que l’autre, … Continue reading Éclat

Banane

Quand tu vois une de ces bananes, qu’on peut parfois trouver dans une épicerie du coin, un de ses fruits de taille modeste, tachés du brun, avec un autocollant qui ne provient d’aucune de grandes marques et qui a un design naïf, presque enfantin, comme si faisant écho à un culte polythéiste supplanté par le christianisme il y a trois siècles, les noms et les logos qui semblent soigneusement dessinés, découpés et collés à la main, avec des doigts rugueux, recouverts de grains de terre et baignées de l’eau peu limpide qui gicle d’un tuyau bleu délavé tortillant entre les … Continue reading Banane

La nuit dans la cuisine

La nuit dans la cuisine canadienneDont effleurent les détails les phares de routeLe tapis le sofa l’écran de téléRien à voir personne à l’écoute L’immensité de ce silence qui émancipeLa pensée de celui qui s’y gareLa fragilité des verres qui durcitL’ombre du contemplateur gracile La blancheur d’étiquettes dans la pantryEt celle des dents dans un sourire incertainLa baie vitrée qui fait pénétrerLe noir dans le vert et vice versa La énième variation sur le thème classiqueUn essuie-tout froissé un pot inachevéDu beurre de cacahuète le bleu transatlantiqueLe bruit d’avion de chasse qui revient La pile d’assiettes abimées par la LuneLes … Continue reading La nuit dans la cuisine

Угловой дом

Угловой дом в Вырице. Белые штрихи забора на черных штрихах. Голубое небо между кусочками зелени, черное пятно компостной кучи, красное пятно туалета. Прозрачность веранды, неподвижность метлы на крыльце. Пластмассовый стул на мокрой осоке в саду, на нем силуэт человека, читающего Чехова. Что еще может читать человек, чилящий на пластик чейре в такой час? Когда над участком ползут, скучиваясь и рассредоточиваясь, легкие булки-облака, превращаясь то в Америку, то в Соединенное Королевство, то в слегка наклоненную шею Анадиомены, то в запрокинутую голову кокаинистки, когда их жесткие сестры-машины чуть быстрее ползут по горячему асфальту и шуршащему гравию, то приближаясь, то удаляясь, но никогда … Continue reading Угловой дом

Terminator

La semana pasada he visto «Terminator 2» en la sala Ciné Doré en Madrid, donde muestran las pelis clásicas — una sala enorme, con ornamentación de estuco en el techo, el techo también altísimo, azul, con líneas doradas que cuasi inmediatamente me recordaron a una catedral. Los palcos con barandillas de madera, la platea que se transforme en un cúmulo extraño de formas rotondas cuando las luces amarillas de lámparas se apagan y la luz lunar de la pantalla ilumina las cabezas congeladas. El logo de «Carolco», el azul lunar sobre el negro imperfecto del espacio negativo de los años … Continue reading Terminator

Una cosa

Si hay una cosa, querida España, que yo puedo decirte después de haber pasado a tu lado una cantidad de tiempo absolutamente insuficiente para juzgarte, pero, eso sí, suficiente para enamorarme, desilusionarme y enamorarme otra vez condicionalmente, si hay un tema que me hubiera gustado abordar, un detalle que querría comentar, una cosita que— ahora te lo digo, coño, tía. ¡Por favor, aprende ya español! ¿Qué? Pues eso, lo he dicho. Si te soy sincero, no lo puedo soportar más. Ya me he quejado en todos los bares de Madrid, a todos mis amigos, a los camareros, a los desconocidos, … Continue reading Una cosa

Le covenant

J’ai construit ma ville françaiseDans les marais aux alluvions d’un fleuveÉtroit et impétueux habité par un dragonAvec lequel j’ai fait un covenantSigné de sang de mon côtéDe lave brûlante du côté du monstreQui est censé gérer ma relation avec la langueEn balançant entre le feu et le glacierEntre la déchirure et la tendresseLes mâts des mots et les nœuds de l’onomatopéeDans ce traité, les deux parties s’accordentAprès en avoir longuement discuté, sur les points clésIndiqués ci-dessous Un : je ne parle pas russe Deux : le russe ne me dérange pas Trois : on est libre d’écrire à son gré … Continue reading Le covenant

Un reflet

Un reflet du tronc noir qui se tortueEn synchronie avec un chant du pinsonLà où les couleurs s’entrelacent et s’entretuentEt où l’on pense apercevoir les ondes Les orifices d’une soirée en sépiaOù s’insèrent les bras en azur clairPour écoper tant que faire se peutL’eau noire du crépuscule qui s’insinue Dans l’immensité du jour qui s’en vaPar les fissures entre les façadesDont un minime morceau peut-être sauvaLa main du faiseur de selfies Les cyprès le marbre les herbes la chaleurLes antennes les briques un supermarché ferméUn nuage oblique étiré entre l’orange et le bleuEt bien d’autres choses qu’on ne sait pas … Continue reading Un reflet

***

Un nuage en forme de baleineUn nuage en forme d’un squelette de baleineLes nuages qui mangentLes nuages qui évacuentL’excès de l’électricitéSur la citéLes nuages qui passentLes nuages musclesLes nuages dosLes nuages nuquesLes nuages marteauxLes nuages baisersLes nuages chapeauxLes nuages sans formeLes nuages cœursLes nuages qui s’entrelacentLes nuages qui se blottissent à l’azurLe faisant céladonSi rosesSi douxSi lentsQu’on ressusciteSur le point où vacille la nuitL’amour et son tissuQui ont les mêmes couleurs Continue reading ***

***

Une vie qui point d’un corpsD’un corps qui se perche par la fenêtreLa fenêtre faite dans un siècleUn siècle qui point aussiD’une masse des sièclesFaisant des cerclesSur la surface d’on ne sait quoiMais qui est là là on est sûrCe qui fait que les nuages lentsSe coupent en formes rectangulairesEt que la silhouette d’une femmeSe mue en silhouette d’un cygneEt que le cygne devient l’IrlandeEt que le vert devient plus sombreEt les fenêtres deviennent orangesEt les murs mouillées se blottissentL’un contre l’autre comme les corpsDes couples in loveDes souverains fousDes soldats mortsDes point-virgulesDes textes classiquesQu’on écrit au moment même de … Continue reading ***