L’orange

L’orange que le soleil couchantDistribua sur les loggiasLes écorchant de leur vitrageEt les submergeant dans le rougeDu crépusculeDu sang qui couleDes lèvres qui s’ouvrent et qui sécrètentL’élixir doux des parolesCelui qui suinte d’une fenêtre à l’autreEn remplissant du pullulementLes alvéoles d’un long immeubleEn surplomb de Madrid RioEt les yeux bleu marbréL’observent d’une autre perspectiveSans le savoirL’orange devient noir Continue reading L’orange

Un tableau

Le rouge l’orange le mauve l’azurL’aigue-marine le presque vertLe vert vraiment le vert à peineSorti du corps du bleu foncéLe vert pistache le vert poireauLe vert tilleul le vert printempsLe vert dont on ignore le nomQui n’existe que dans ce poèmeL’orange s’en va le jaune persisteLes cheminées le seul objetSuffisamment chargé du sensQui est admis sur ce tableauLes gouttes qui coulent le rouge c’est denseAh oui les antennes elles aussiElles sont admises car elles sont mincesEt les insectes et les personnesSauf celles qui scellent les rideauxMais à part cela c’est tout le nuageQui forme une tête de hérissonUne partition que … Continue reading Un tableau

La douceur qui fait presque pleurer

La douceur qui fait presque pleurerLa finesse qui fait presque mourirEt renaitre de feuilles du hêtreQui s’entrelacent en formes des cœursEt en formes des gouttesEt en formes des cerclesEt en formes qui ne ressemblent à rienRenaitre c’est simpleRenaitre c’est mouC’est ardent ombragé sablonneuxC’est bizarre éclatant poussiéreux irisantComme de l’eau qui irrigue les alléesRenaitre c’est simpleIl suffit d’arrêterSur un sentier du parc qui se coupePar des crevasses du jour toujours plus minces il sembleIllusion mais au fond ça suffitSe renaitre c’est mettreLe soleil derrièreUn grand tronc puis se mettre à mouvoirC’est un peu comme les gammes sauf que les doigts c’est … Continue reading La douceur qui fait presque pleurer

Éclat

Est-ce que la personne qui concevait le slogan « Protégez votre éclat » pour une marque de crème solaire pensait du contexte dans lequel il allait s’encadrer quelque part dans le monde, pour exemple, dans une vitrine sur une rue agitée de Montréal mouillé et pluvieux, mais toujours brillant, éclatant — protégeant ? — qui s’étend devant les yeux d’un nouvel arrivant, ce petit point — vu des toits — ce passant longiligne et maigre, qui se dresse sur l’intersection du boulevard René-Lévesque et la rue Sainte-Catherine, en prenant de drôles des poses, l’une plus artificielle et incommode que l’autre, … Continue reading Éclat

Banane

Quand tu vois une de ces bananes, qu’on peut parfois trouver dans une épicerie du coin, un de ses fruits de taille modeste, tachés du brun, avec un autocollant qui ne provient d’aucune de grandes marques et qui a un design naïf, presque enfantin, comme si faisant écho à un culte polythéiste supplanté par le christianisme il y a trois siècles, les noms et les logos qui semblent soigneusement dessinés, découpés et collés à la main, avec des doigts rugueux, recouverts de grains de terre et baignées de l’eau peu limpide qui gicle d’un tuyau bleu délavé tortillant entre les … Continue reading Banane

La nuit dans la cuisine

La nuit dans la cuisine canadienneDont effleurent les détails les phares de routeLe tapis le sofa l’écran de téléRien à voir personne à l’écoute L’immensité de ce silence qui émancipeLa pensée de celui qui s’y gareLa fragilité des verres qui durcitL’ombre du contemplateur gracile La blancheur d’étiquettes dans la pantryEt celle des dents dans un sourire incertainLa baie vitrée qui fait pénétrerLe noir dans le vert et vice versa La énième variation sur le thème classiqueUn essuie-tout froissé un pot inachevéDu beurre de cacahuète le bleu transatlantiqueLe bruit d’avion de chasse qui revient La pile d’assiettes abimées par la LuneLes … Continue reading La nuit dans la cuisine

Le covenant

J’ai construit ma ville françaiseDans les marais aux alluvions d’un fleuveÉtroit et impétueux habité par un dragonAvec lequel j’ai fait un covenantSigné de sang de mon côtéDe lave brûlante du côté du monstreQui est censé gérer ma relation avec la langueEn balançant entre le feu et le glacierEntre la déchirure et la tendresseLes mâts des mots et les nœuds de l’onomatopéeDans ce traité, les deux parties s’accordentAprès en avoir longuement discuté, sur les points clésIndiqués ci-dessous Un : je ne parle pas russe Deux : le russe ne me dérange pas Trois : on est libre d’écrire à son gré … Continue reading Le covenant

Un reflet

Un reflet du tronc noir qui se tortueEn synchronie avec un chant du pinsonLà où les couleurs s’entrelacent et s’entretuentEt où l’on pense apercevoir les ondes Les orifices d’une soirée en sépiaOù s’insèrent les bras en azur clairPour écoper tant que faire se peutL’eau noire du crépuscule qui s’insinue Dans l’immensité du jour qui s’en vaPar les fissures entre les façadesDont un minime morceau peut-être sauvaLa main du faiseur de selfies Les cyprès le marbre les herbes la chaleurLes antennes les briques un supermarché ferméUn nuage oblique étiré entre l’orange et le bleuEt bien d’autres choses qu’on ne sait pas … Continue reading Un reflet

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Un nuage en forme de baleineUn nuage en forme d’un squelette de baleineLes nuages qui mangentLes nuages qui évacuentL’excès de l’électricitéSur la citéLes nuages qui passentLes nuages musclesLes nuages dosLes nuages nuquesLes nuages marteauxLes nuages baisersLes nuages chapeauxLes nuages sans formeLes nuages cœursLes nuages qui s’entrelacentLes nuages qui se blottissent à l’azurLe faisant céladonSi rosesSi douxSi lentsQu’on ressusciteSur le point où vacille la nuitL’amour et son tissuQui ont les mêmes couleurs Continue reading ***

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Une vie qui point d’un corpsD’un corps qui se perche par la fenêtreLa fenêtre faite dans un siècleUn siècle qui point aussiD’une masse des sièclesFaisant des cerclesSur la surface d’on ne sait quoiMais qui est là là on est sûrCe qui fait que les nuages lentsSe coupent en formes rectangulairesEt que la silhouette d’une femmeSe mue en silhouette d’un cygneEt que le cygne devient l’IrlandeEt que le vert devient plus sombreEt les fenêtres deviennent orangesEt les murs mouillées se blottissentL’un contre l’autre comme les corpsDes couples in loveDes souverains fousDes soldats mortsDes point-virgulesDes textes classiquesQu’on écrit au moment même de … Continue reading ***