Un trou bleu

Un trou bleu sur le ciel troubléUn pinson qui fait signe au sapiensUn mercenaire des airs ambivalentsQue l’horizon essaie d’assassinerMais les lilas mais les tilleuls mais les bouleauxLe font renaître de leurs entrailles mauvesEn aspergeant la masse nébuleuseMortellement mitraillée par le bleuDes silhouettes ailées qui s’accélèrentÀ mesure que le bleu se fonceEt que le rouge épuise ses ressourcesDe rougissement et le noir surgitDes fissures entre les façades et les façadesQu’on appelle ciel même si l’on dit ça en souriantCar on ne dit pas ciel dans le contexte socialPinson on ne dit pas non plus ni sapiensMercenaire si mais c’est une … Continue reading Un trou bleu

En cas de chaos

En cas de chaosNe bougez pas trop viteRestez calme et limpideRestez dense et solideNe vous vaporisez pasEt veillez que les yeuxNe sortent pas des orbitesOù ils sont déposésPar les forces du hasardEt un peu par les autresCelles de nécessitéEt de morositéDes affaires terrestresEt aussi de l’intérêtTout à fait naturelPour les choses qui sortentDes personnes et des autresChoses qui se produisentQuand personnes se rencontrentEt les autres encoreQu’il serait trop encombrantDe mentionner iciCar le message est clairEn cas de chaosNe quittez pas votre corpsN’écoutez que votre cœurNe goutez pas de vodkaDe panique qu’on vous offreMais plutôt du décafOf the fuck you don’t … Continue reading En cas de chaos

Banquet

Le mot « banquet », bénin et simple, emprunté du français et jeté dans le chaudron du russe, où, après une brève ébullition, il signifie tout cela : les cafés souterrains dans les profondeurs de la province, свидетели на свадьбе qui dansent comme des fous, разорванные рубашки, красные глаза на зернистых фото, стены, окрашенные в зеленый, toujours зеленый, который отзывается столькими реверберациями в застенках памяти: школьные коридоры, школьная столовая, продовольственные талоны на месяц, которые спускаешь за неделю, покупая первым делом шипучую и выползающую коричнево-желанной пеной из неумело взломанного отверстия-откуда-пить колу, la lumière fanée des cafés où l’on fête les annivs, … Continue reading Banquet

La douceur de la paix

La douceur de la paixLa douceur de la portePeinte en couleur d’espaceQui sépare les épais-ses façades de BerlinQui se parlent dans une languehiéroglyphique de fi-gures qui bougent dans les fenêtresEn suivant leurs rituelsLa douceur de la paixDans l’air tiède de mi-marsQu’on ressent dans une phraseDétachant d’une figureD’un passant éméchéQui a des difficul-tés même si très légèresDe faire preuve de retenueDonc il parle et fortEt ses paroles s’envolentContournant les façadesPénétrant dans les fenêtresS’insérant dans les cer-veaux de personnes qui s’en-dorment dans une sorte de l’archeDe Noé qui emporteTout le reste de l’EuropeVers la fin d’une soiréeOù la paix est si douceEt … Continue reading La douceur de la paix

Il y a quelque part

Il y a quelque partProbablement j’espère peut-êtreLes autres années 50Un autre Jacques Prévert qui a dans ses yeuxUn autre Paris avec les tables luisantesRempli d’autres formes de femmes et d’autres formes de messieurs Il y a une autre gare centrale où attend son trainUne mère solitaire avec son enfantQui est peut-être observée par un poète à peau plus dureQui parle français un peu bizarreMais enfinSur presque le même sujet Il y a quelque part un paysage aplatiAvec des taupinières d’arrondissementsCreusées par le mouvement simple et répétitifDe personnes qui arrivent et des armées qui se rendent Les champs de presque blé … Continue reading Il y a quelque part

Les étoiles

Les étoiles ternes les braises des oiseauxLes petits squelettes de leurs mouvements diurnesLes détritus d’où prendra son essorUn nouveau jour portant dans sa mâture Les silhouettes fugaces dessinées par le ventLes scènes incertaines suspendues dans les airsLes êtres toujours vivants de lendemainLes êtres toujours morts d’hier La mer sereine de nuages qui baigne les rivesDes yeux inquiets venus eux-mêmes d’étoilesUn bateau ivre qui va à la dériveQuand les oiseaux cisèlent ses faibles voiles Continue reading Les étoiles

La bête

La fourrure blanche sur les pattes d’acierQui tremble sous les bourrasques du ventQuand la bête en béton aspire au cielEn essayant de quitter son antre Les jambes des tours nervurées des fêluresPoussent la terre dans un effort désespéréDe détacher le poids de son fémurEt faire un saut envers les nuages dorés Les yeux des cours cernés des chemins battusOù béent les pupilles qui se bougent à peineVersant leur regard de chien battuVers la bleuté lointaine et nettement découpée Les gouttes des fenêtres qui s’évaporent de la peau durcieDes bras et des épaules du corps du géantÀ mesure que maintenant et … Continue reading La bête

Tout ça

Tout ça : la petite professeure de français qui t’ouvre la porte avec un joli sourire, en te disant d’une voix enjouée et douce : « Mais vous voilà ! On vous attend déjà ! », comme si le test d’expression que tu dois passer — pour manque d’acceptation du fait que la langue de Baudelaire, tout comme Baudelaire lui-même, sont bel et bien dans ton sang, — comme si cet examen-là n’était qu’une agréable conversation dans un café par un matin ensoleillé d’un début d’avril, l’ordi dans un coin, les rais du soleil printanier qui pénètrent gaillardement dans la … Continue reading Tout ça

La mort du jour

La mort du jour dans la salle à mangerQu’assiste la famille entière en souriantLe jour qui a fait de son mieux pour être légerEt qui est mort pour rien — ou presque rien J’ai quatorze ans ; ma vie est faite de pure conscienceLes chemins rustiques sortent de mon corps comme mes propres membresJ’erre sur les rives émaciées et dans mon erranceJe précipite l’avènement du demain Qui vit encore ; qui, comme chaque jour nouveauEspère qu’il va durer infinimentEt qui, en entrevoyant le sort de son aïeulCommence à s’agripper avec ses pinces À des arbustes verts ; aux pins qui … Continue reading La mort du jour

Les cyprès

Les cyprès écailleux de Madrid qui oscillent lentementDans les marges de la symétrie émaciée par le ventSous les faibles caresses de ses doigts désossés et si lestesQu’ils arriveront plus tard à en sortir la poussière célesteLes palmipèdes de pieds dans l’océan du sable illusoireQui ballent qui valsent et qui semblent parler en sous-mainDans une énorme salle où le soleil pendouille au midiPénétrant les recoins les plus sombres d’une âme alourdieLa bohème qui s’encastre dans les balcons des plus beaux quartiersLes boutiques les cafés les vitrines le bruit de papierQui tremblote dans les mains d’un vieil homme assis sur le bancDont … Continue reading Les cyprès