Le temps n’est pas une flèche

Le temps n’est pas une flèche
C’est l’océan dont nous flottons on top
Les drames, les dragues, les habitudes
Qui constituent
Les gouffres et les rivières
Les marées-hautes, les marées-basses
D’avant, d’après, d’autrui, d’ourselves
Qui ruissellent
Dans tous les sens
Et qui s’écoulent par les petites fentes
Des portes entrebâillées, des grilles de garde-corps
Qui giclent du robinet d’un jet fumant
Qui s’évaporent du fond de la bouilloire
Of who you are
Pendant que tu dors
Les vagues de mémoire t’emportent aux endroits cachés et peu connus
Aux îles lointaines aux terras incognitas mais en même temps bien familières
Elles t’enveloppent, te bercent, te caressent
Et quand tu ouvres les yeux
Ou même avant que tu le fasses
Le mouvement cesse, la surface
S’accalmie, et au moment de réveil
Jeté du flou dans le certain
Des profondeurs dans la linéarité
De cinq dimensions vite devenues communes
Dans l’ascétisme de trois
De sous-conscient dans sur
Tissu de fibres de ce qu’on appelle « la veille »
Et qu’on croit assez solide pour soutenir le poids du monde
Tu vois
Tu sondes
Dans la lumière aveuglante de la salle de bain
Et dans le clignotement de points sur l’horloge
Les tout premiers éclats rougeâtres du jour
Toujours lointain dans les fenêtres d’immeuble en face
Qu’on pourrait croire infini si l’on ne savait pas quel étage
Et là
Là, tu la catches
La flèche du temps qui tourne comme une folle
En essayant de respecter la concordance
Perchée là-haut sur la tour d’ancien château qui domine l’horizon
Moitié plongée dans le brouillard et couronnée de la lune
Dont l’une des faces te semble bien plus grande
Plus proche que normal
Comme s’il y avait un accident
Comme si la guerre venait de s’éclater
Comme s’il ne restait que quelque secondes avant de l’arrivée des bombes
Et sa lumière criblée continuait à éclairer les flancs des vaches figées dans les paysages agrestes
La tour du château se dresse
Elle transperce la surface calme peinte de réflexions flottantes et de couleurs fondues
Elle rentre dans tes rêves
Elle sonne
Tu sautes
De nouveau du lit
Une panne de réveil
Le soleil fait craquer les stores
Ainsi s’instaure le substrat du jour
Le vent boursouffle les rideaux
Et en perchant sur ton balcon, tu aperçois
Avec clarté et transparence exquises
Un bref instant, trop court pour en retenir l’empreinte
L’océan
De l’infini
Au moins
Enough of it pour dire
Le temps n’est pas une flèche