Un homme au bord de l’océan

Un homme au bord de l’océanUne goutte de conscienceVenu à la rencontre des gouttes d’eauQui sautent en l’air qui éclaboussent son visageQui le taquinentLe saluentLui disent allo mon vieuxBonjour/hiBienvenue chez vousRavi de te voirOu bien revoir pour une énième foisMême si ta mémoire ne conserve que les deux dernièresL’été 2017 l’été 2022En omettant tous les hivers et les automnes de tous les ansAvant qu’on commençât à suivre ce drôle de calendrierDe tous les millénaires des ères et des éons qu’on a passés ensembleMoi dans mon lit rocheux roulant mes vagues verdâtreToi sur le fond, fumant noir, flottant, sans te mouver, … Continue reading Un homme au bord de l’océan

Шлюз

Поздний вечер одной из бесконечных недель февраля — стеклянный, морозный, кирпично-порожний, в бетонную клеточку и в грязно-снежную полоску, открытый на узенькую щелку, из которой вьется втихаря выдыхаемый сигаретный дым и в которую стремится неумолимая гигантская зимняя ночь — словно черная вода Енисея в шлюз на могучей плотине, возведенной безустанными отрядами моего собственного бессознательного, что денно и нощно ищет, не удосуживаясь поставить меня в известность, альтернативные источники энергии в давно исчерпавшей ресурсы сырого счастья и природной надежды стране. Вой поздней электрички за окном, просящейся домой, в тепло — зов длинного загадочного змеистого существа, покрытого желтыми пятнами окошек с фигурками клюющих носом … Continue reading Шлюз

La datcha

La datcha. Trois mois de l’année, la moitié de la vie ressentie, relativiste comme un rai de soleil de la première semaine de juin, citronnée comme le thé dans la grande tasse de mon grand-père à la fois aimé et effrayant à cause de sa taille, elle était toujours là — là où je l’attendais, là où je me précipitais après être descendu du train en provenance de Saint-Pétersbourg, là où la lumière faisait courir sur le sol piétiné d’une petite ruelle des drôles d’ocelles comme sur le cou de girafe, produites par les réflexions du soleil multiplié dans le … Continue reading La datcha

Le printemps

L’arrivée du printemps dans ma ville était toujours soudaine, inattendue et ubique — un peu comme un de ces évènements marquants dans la vie qu’on attend avec impatience et nervosité, pour lesquelles on essaie de se préparer en lisant d’innombrables articles sur le sujet et en embêtant ses amis qui avaient déjà fait l’expérience avec d’incessantes questions : « Ça fait comment ? C’est vraiment fort ? Est-ce douloureux ? Ça pique ? On s’en souvient après ? On est inconscient ou presque ? Et après, ça dure combien de temps ? ». Une de ces expériences transformatrices qu’on ne … Continue reading Le printemps

Le temps n’est pas une flèche

Le temps n’est pas une flècheC’est l’océan dont nous flottons on topLes drames, les dragues, les habitudesQui constituentLes gouffres et les rivièresLes marées-hautes, les marées-bassesD’avant, d’après, d’autrui, d’ourselvesQui ruissellentDans tous les sensEt qui s’écoulent par les petites fentesDes portes entrebâillées, des grilles de garde-corpsQui giclent du robinet d’un jet fumantQui s’évaporent du fond de la bouilloireOf who you arePendant que tu dorsLes vagues de mémoire t’emportent aux endroits cachés et peu connusAux îles lointaines aux terras incognitas mais en même temps bien familièresElles t’enveloppent, te bercent, te caressentEt quand tu ouvres les yeuxOu même avant que tu le fassesLe mouvement … Continue reading Le temps n’est pas une flèche

Утрачено

Звонкие мальчишечьи голоса, кружащиеся внутри двора-колодца и оседающие на черствую почву чуть раньше драного мяча и летящих с носа кроссовка песчинок, которым все равно, тысяча восемьсот или две тысячи двадцать, башмак или контрафактный Nike — потеряно навсегда. Напряженное ожидание маршрутки февральским вечером во вьюжном коконе, смешанное с наблюдением за кружением снежинки в свете уличного фонаря и судорожным топтанием на месте в безуспешной попытке компенсировать стилистическую жертву элегантно-небрежно наброшенного на открытую шею дизайнерского шарфа, так органично и так остро-респираторно сочетающегося с торчащим из тонких губ «Честерфилдом» — утрачено окончательно. Появление головы электрички из-за поворота в зеленой гуще, шевелящейся свежими листочками и … Continue reading Утрачено

Androgyne

En été 1975, quand les cieux de Moscou étaient éblouissants et peints d’azur clair presque au point d’être insupportable pour le commun des mortels avec leurs soucis et impuretés, au moment où deux gamins fuligineux, vêtus de même façon à la fois fruste et emblématique de l’époque, se sont rencontrés dans les profondeurs d’un système de cours de passage quelque part à Saint-Pétersbourg pour aller se balader sans but dans leur ville, recroquevillée dans l’embouchure de Neva, à ce moment-là deux hommes entassés dans une capsule minuscule pleine d’équipement sophistiqué et de l’air confiné, suspendue dans le vide total, se … Continue reading Androgyne

Запись

Жаркое и яркое, почти тропически-джунглево-влажное изображение, ослепительно блестящее отражениями сразу многих весенних солнц в переменчивой поверхности грязных лужиц на волнисто-оборванных улицах города N, чей асфальт чернеется под невыносимо медленно таящим апрельским снегом. Все покрывает пленка бегущей воды, все течет, повсюду шлепаются маленькие прозрачные капелюхи, вздымая маленькие и совершенные конусы коричневой грязи и крошечных черных щепок, болтающихся на поверхности луж, невероятно реалистичные — нет, просто реальные, неотличимые от реальности. Я ухожу, говорит голова-шея Ельцина в рябяще-шипящем экране черного, пахнущего однажды просыпанной на него блинной мукой и другажды пролитым сиропом от кашля смешного выпуклого телека, в отдалении рокочет мотор грузовика, мужчина в … Continue reading Запись

L’enregistrement

L’image chaude et tremblante, pleine de reflets et de moiteur, avec les surfaces glissantes et les flashs du soleil dans les petites flaques qui tâchent la surface brunâtre de la route, déjà visible sous les dernières couches de la sale neige de mi-avril. Je tourne ma tête et je suis avec mes yeux un avion qui croise le dôme au-dessus de moi. Son fuselage brillant, ses ailes fragiles tremblant dans l’air froid, il effectue un long saut d’un bâtiment à l’autre, tous les deux composés de briques d’apparence spongieuse et ornés de fenêtres de formes plutôt irrégulières, devant lesquelles se … Continue reading L’enregistrement

Les coordonnées

Ce réveillon, j’étais sur mon balcon, penché dans la tiède obscurité, moelleuse et calme, d’une soirée exceptionnellement douce de la fin de décembre. Je me tenais là, avec mes mains sur le parapet écorché, me balançant un peu sous les souffles du vent qui me paraissait presque printanier — fort, mais agréable — seul avec ma tasse de thé face au panorama urbain si coutumier. L’amoncellement des silhouettes sombres devant moi, dans lesquelles on pouvait toujours deviner les contours de vieux immeubles, certains alourdis de pompeux bas-reliefs et de la superfluité architecturale dont la signification s’était érodé au fil du … Continue reading Les coordonnées