Les cyprès

Les cyprès écailleux de Madrid qui oscillent lentementDans les marges de la symétrie émaciée par le ventSous les faibles caresses de ses doigts désossés et si lestesQu’ils arriveront plus tard à en sortir la poussière célesteLes palmipèdes de pieds dans l’océan du sable illusoireQui ballent qui valsent et qui semblent parler en sous-mainDans une énorme salle où le soleil pendouille au midiPénétrant les recoins les plus sombres d’une âme alourdieLa bohème qui s’encastre dans les balcons des plus beaux quartiersLes boutiques les cafés les vitrines le bruit de papierQui tremblote dans les mains d’un vieil homme assis sur le bancDont … Continue reading Les cyprès

Madrid

Madrid, je te promets : je reviendraiJe reviendrai pour revoir tes cheminéesQui s’acheminent vers le ciel étoiléEn s’éminçant à mesure que tes alléesS’allongent en s’écoulant dans la verdureEt transparence de l’air chaud d’après-midiOù se brassera bientôt le caramelDu soir qui remplira d’abord les creuxDes places des rues des fenêtres et des balconsQui montera plus tard par les ruellesÉtroites du centre-ville vers le palais royalEn submergeant ses salles d’orange du bleuDu céladon du mauve et du vermeilEn empruntant les teintes manquantes des yeuxDes serveurs las et des toiles de GoyaIl débordera très vite les étagesPercera le toit et giclera en dehorsÉclaboussant … Continue reading Madrid

Ядерная война

Недавно где-то — то ли по радио, то ли в какой-то по неосторожности посмотренной политической передаче — я услышал словосочетание «ядерная война», впервые (по крайней мере, согласно моему субъективному опыту) употребленное в прямом смысле и в контексте реального мира (а не воображаемой антиутопии) со времен угловатых советских ракет под сенью карибских пальм и длинноносых самолетов-разведчиков U-2 над плоскими пейзажами тайги. Я почесал голову и стал думать, как бы впитывая и пытаясь уместить это в мою картину мира, от природы узкую, как талия выходящей из бассейна незнакомки на вечерине у Ланы Дель Рей на Беверли-Хиллз, стал думать о том, а что, … Continue reading Ядерная война

Je sais une chose

Je ne sais pas à quoi ressemblait le Roi-Soleil dans la vraie vie, je ne sais pas comment s’entendaient ses pas dans les salles immenses de Versailles, je ne sais pas non plus à quoi ressemblaient l’Antiquité, le Moyen Âge et la Belle Époque vus en HD, mais je sais une chose avec certitude : regarder l’eau couler dans une fontaine faisait précisément la même chose qu’aujourd’hui. Cette particularité d’eau qui coule, l’eau-qui-coule d’eau qui coule, la lumière-qui-se-reflète-dans-l’eau de la lumière qui se reflète dans l’eau, le regard de l’homme braqué sur les réflexions du ciel dans la surface ondulée … Continue reading Je sais une chose

Ma mère

Ma mère est un point dans un grand universQui scintille doucement aux abords de mes rêvesUn point qui sait lire ma vie à l’enversQui cesse de parler quand l’amour apparaît Ma mère est un astre dont la faible lumièreOn voit dès le début d’un voyage de cent ansQui perce la nuit sur l’ancien cimetièreMettant un sourire sur les lèvres des gisants Ma mère lointaine atlantique cubaineMa mère la rivière la baie la merQui mêle à la mélancolie urbaineLe goût de cerises immatures et amères Ma mère mois de juin roux des cheveux rouge des lèvresDont la silhouette s’incrustait dans l’azurDes … Continue reading Ma mère

Texas des cieux, les Indes des rues

Texas des cieux, les Indes des ruesLes Atlantiques d’immeubles noircisLes sons qui sortent de la carrureDes trous dans les murailles graciles Le chuchotement de l’horizonQui fait la cour au jour prochainEn lui offrant de minces morceauxDes nuages d’un rouge alléchant Le grand silence qui s’étendAu-dessus des vagues du bétonEn se couvrant de plis du tempsQui berce les fragiles bateaux De la rêverie et des espoirsQu’on gare tout près de sa fenêtreRentrant chez soi au fond du soirConcave et privé de phonèmes Les monts du vide se profilentAu loin où garde l’équipe de nuitUn périmètre qui sert d’asilePour les âmes sorties … Continue reading Texas des cieux, les Indes des rues

On consciousness, ChatGPT and things you’re (still) good at

This post is in English as it is going to talk about a fairly hot topic and is probably intended for a slightly broader audience than my core readers — that is, my mom, my French-speaking me and my Russian-speaking me. You might also consider it a note to self that I wrote to future me and that then, due to some odd spatio-temporal phenomenon, got to you. Maybe you are future me, and you’re reading this with your trademark chuckle and that unique expression on your face that combines almost the equivalent amounts of self-contempt, self-doubt and poorly hidden admiration for … Continue reading On consciousness, ChatGPT and things you’re (still) good at

La réponse

On s’est rencontrés quelque part dans l’Internet — il est difficile à dire où exactement ; l’Internet est vaste, mais à ce moment-là, il était tout petit. Il a grandi avec nous tout en gardant en soi notre lieu de rencontre sans que nous puissions maintenant le déceler — un peu comme une petite cabane au Canada qui lentement devient le Canada entier à mesure qu’on scrolle le zoom en essayant d’occuper le reste d’une soirée d’hiver pas encore tuée avec une activité si vide qu’elle soudainement devient méditative ; un peu comme un dessin de M. C. Escher sur … Continue reading La réponse

Дом

В доме на даче было два входа — один парадный, который еще назывался «крыльцо», куда выходил долгий рейчатый коридор, из коридора дедушка, из дедушки дым, из дыма еще дым, дым крепких дымных папирос, смешивавшийся с кустарниками в солнечную дырочку и ягодную точечку; второй вход — «черный», или еще «задний», со стороны кухни, откуда выходила бабушка, запахи кухни, грохот кастрюль и поварешек, шипение жарящихся блинов, катание скалки и избыток сладких сумерек, накапливавшийся в доме за ночь и просачивавшийся наружу с наступлением утра, когда кухонная дверь на пружине взламывала покрытую росой плоскость красного фасада, выпуская хрупкую бабушкину фигуру в пуловере поверх пижамы … Continue reading Дом

Я и мой шарф

Школа подходила к концу, классы навинчивались на мое утомленное диктантами и домашками запястье, и что-то большое начинало проступать в бесфонарной ночи, напичканной крышами Патриарших и пляжами Атлантики. Было шелково и серебряно, кончался февраль, летели конфетти, густела каша, текла пространственно-временная акварель. Когда зима закончилась, я достал из моей душной и непрозрачной квартиры, наполненной запахами нестиранного, свежего, жидкого, волосатого, пустого и звонкого, а также многого-многого другого, невероятно густого и остро-колючего, достал из нее наконец дождавшийся своих погод длиннющий вязаный шарф — почти два метра — связанный под заказ моей мамой, которая без слов догадалась о ноющей необходимости заполнить хоть как-то угнетающую нудность … Continue reading Я и мой шарф