Le temps n’est pas une flèche

Le temps n’est pas une flècheC’est l’océan dont nous flottons on topLes drames, les dragues, les habitudesQui constituentLes gouffres et les rivièresLes marées-hautes, les marées-bassesD’avant, d’après, d’autrui, d’ourselvesQui ruissellentDans tous les sensEt qui s’écoulent par les petites fentesDes portes entrebâillées, des grilles de garde-corpsQui giclent du robinet d’un jet fumantQui s’évaporent du fond de la bouilloireOf who you arePendant que tu dorsLes vagues de mémoire t’emportent aux endroits cachés et peu connusAux îles lointaines aux terras incognitas mais en même temps bien familièresElles t’enveloppent, te bercent, te caressentEt quand tu ouvres les yeuxOu même avant que tu le fassesLe mouvement … Continue reading Le temps n’est pas une flèche

Утрачено

Звонкие мальчишечьи голоса, кружащиеся внутри двора-колодца и оседающие на черствую почву чуть раньше драного мяча и летящих с носа кроссовка песчинок, которым все равно, тысяча восемьсот или две тысячи двадцать, башмак или контрафактный Nike — потеряно навсегда. Напряженное ожидание маршрутки февральским вечером во вьюжном коконе, смешанное с наблюдением за кружением снежинки в свете уличного фонаря и судорожным топтанием на месте в безуспешной попытке компенсировать стилистическую жертву элегантно-небрежно наброшенного на открытую шею дизайнерского шарфа, так органично и так остро-респираторно сочетающегося с торчащим из тонких губ «Честерфилдом» — утрачено окончательно. Появление головы электрички из-за поворота в зеленой гуще, шевелящейся свежими листочками и … Continue reading Утрачено

Androgyne

En été 1975, quand les cieux de Moscou étaient éblouissants et peints d’azur clair presque au point d’être insupportable pour le commun des mortels avec leurs soucis et impuretés, au moment où deux gamins fuligineux, vêtus de même façon à la fois fruste et emblématique de l’époque, se sont rencontrés dans les profondeurs d’un système de cours de passage quelque part à Saint-Pétersbourg pour aller se balader sans but dans leur ville, recroquevillée dans l’embouchure de Neva, à ce moment-là deux hommes entassés dans une capsule minuscule pleine d’équipement sophistiqué et de l’air confiné, suspendue dans le vide total, se … Continue reading Androgyne

Запись

Жаркое и яркое, почти тропически-джунглево-влажное изображение, ослепительно блестящее отражениями сразу многих весенних солнц в переменчивой поверхности грязных лужиц на волнисто-оборванных улицах города N, чей асфальт чернеется под невыносимо медленно таящим апрельским снегом. Все покрывает пленка бегущей воды, все течет, повсюду шлепаются маленькие прозрачные капелюхи, вздымая маленькие и совершенные конусы коричневой грязи и крошечных черных щепок, болтающихся на поверхности луж, невероятно реалистичные — нет, просто реальные, неотличимые от реальности. Я ухожу, говорит голова-шея Ельцина в рябяще-шипящем экране черного, пахнущего однажды просыпанной на него блинной мукой и другажды пролитым сиропом от кашля смешного выпуклого телека, в отдалении рокочет мотор грузовика, мужчина в … Continue reading Запись

L’enregistrement

L’image chaude et tremblante, pleine de reflets et de moiteur, avec les surfaces glissantes et les flashs du soleil dans les petites flaques qui tâchent la surface brunâtre de la route, déjà visible sous les dernières couches de la sale neige de mi-avril. Je tourne ma tête et je suis avec mes yeux un avion qui croise le dôme au-dessus de moi. Son fuselage brillant, ses ailes fragiles tremblant dans l’air froid, il effectue un long saut d’un bâtiment à l’autre, tous les deux composés de briques d’apparence spongieuse et ornés de fenêtres de formes plutôt irrégulières, devant lesquelles se … Continue reading L’enregistrement

Les coordonnées

Ce réveillon, j’étais sur mon balcon, penché dans la tiède obscurité, moelleuse et calme, d’une soirée exceptionnellement douce de la fin de décembre. Je me tenais là, avec mes mains sur le parapet écorché, me balançant un peu sous les souffles du vent qui me paraissait presque printanier — fort, mais agréable — seul avec ma tasse de thé face au panorama urbain si coutumier. L’amoncellement des silhouettes sombres devant moi, dans lesquelles on pouvait toujours deviner les contours de vieux immeubles, certains alourdis de pompeux bas-reliefs et de la superfluité architecturale dont la signification s’était érodé au fil du … Continue reading Les coordonnées

Live

Ça m’est arrivé déjà au moins deux fois : j’étais en train de scroller sans but dans la bibliothèque de photos sur mon iPhone (ou, peut-être, avec un but existentiel de décider quoi supprimer pour libérer de l’espace) et, en voyant une capture d’écran que j’avais prise quand je regardais un documentaire sur le sujet d’histoire ancienne, j’ai, avec un décalage de quelques millisecondes, effectué deux actions presque inconscientes et entièrement dépourvues de sens pour un observateur impartial : j’ai appuyé impatiemment avec mon pouce sur l’écran, puis je me suis dit en roulant les yeux : « Mais voyons, … Continue reading Live

Mamie

Каждое лето, приезжая на дачу из города и извлекая из распахнутой пасти в очередной раз поверженного дракона зимы драгоценные три месяца счастья, я совершал один и тот же неизменный священный ритуал. Едва разувшись и сняв с плеч рюкзак, я входил в просторную центральную комнату нашего гостеприимного красно-золотого дома, которую можно было называть несколькими именами в зависимости от твоего настроения: «залой» — если ты, насмотревшись советских комедий, мечтал о юге, пальмах, море и курортных чайках, и тебе хотелось на мгновение наполнить ее шумом волн, криками чаек и говором толпы отдыхающих, «гостиной» — если ты в этот момент читал русскую классику, и … Continue reading Mamie

La lumière

Le fait que l’univers s’étend plus vite que la lumière des galaxies lointaines, qui pourraient abriter la vie intelligente, que cette lumière ne peut parvenir jusqu’à nous — cela me donne un sentiment allant, en fonction de moment où cette pensée me frappe et de degré d’oisiveté de mon esprit à ce moment, d’un léger vertige à la stupeur complète. Ça me fait penser de ces images — époustouflantes, incroyables, étourdissantes (il me faut, figurez-vous, les épithètes toujours plus puissantes à mesure que je zoome) — de nuages du gaz, de spirales brillantes qui nous semblent être figées, mais qui … Continue reading La lumière

La tour

Il était là, il y venait tout comme nous venons au boulot, à l’université ou dans un café du coin qui nous semble particulièrement douillet. Il se rendait au dernier étage, en jetant parfois un coup d’œil sur l’horizon, lui, dépourvu de contours de bâtiments et de traînées de condensation laissées par les avions, juste avec quelques nuages épaissis, hâtivement poussés par les chérubins et une grosse boule du soleil qui semblait perdre sa forme parfaite de cercle à mesure qu’elle s’approchait au bord de la Terre. Il observait le changement d’éclairage, son regard, peut-être, parfois tourné vers le haut, … Continue reading La tour