Les kiosques

Mon enfance était parsemée de petits objets brillants qu’on appelait « palatka » en russe, ou, si l’on veut utiliser le langage plus précis, les petits kiosques spontanément organisés. Ils étaient nombreux — ou plutôt innombrables, — dispersés sur des collines et sur des plaines, aux coins de petites ruelles et aux croisées d’énormes autoroutes où grondaient les interminables files de camions de plus en plus lourds de la fin de millénaire. Ils étaient en même temps un fléau qui défigurait le beau visage de centre-ville et qu’il fallait apprendre à ignorer pour pouvoir toujours profiter de l’héritage culturel — … Continue reading Les kiosques

Quelque chose de plus grand

Il y a toujours quelque chose de plus grand. Plus grand que tous les problèmes que nous avons en face de nous, plus grand que le défi de l’intelligence artificielle générale, plus lourd que toutes les ogives nucléaires de tous les pays du monde — construites, déjà utilisées et pas encore installées — plus grave que la crise sanitaire et plus profond que la crise climatique, plus vaste que la mer méditerranéenne autour d’un petit bateau gonflable avec une douzaine de migrants qui ont raté la côte d’Italie, plus élevé que le niveau de vigilance en septembre 2015, tout calme, … Continue reading Quelque chose de plus grand

Judo

« Il faut faire du sport, il faut apprendre à tomber, à se défendre et surtout à être un homme » — c’est ce qu’on m’a dit en m’inscrivant dans un club de judo (sans se donner la peine de me demander si j’étais d’accord ou non) à mon retour de vacances d’été chez mes grands-parents, quand je suis revenu en ville, plein de souvenirs moelleux d’aisance et d’oisiveté et sans aucun enthousiasme pour la rentrée scolaire en particulier et pour la maturité en général. Le club se trouvait à quelques rues de nous, dans un sous-sol d’un autre immeuble, … Continue reading Judo

L’allumette

J’étais dans la cuisine, dans l’appartement de mes grands-parents à Saint-Pétersbourg que je devais vider avant de remettre les clés aux nouveaux propriétaires. Ils l’avaient acheté presque instantanément, après un jour de réflexion, comme si par peur que quelqu’un d’autre ne s’intervienne et, en faisant ça, ne bouleverse le bon ordre d’évènements qui assure le fonctionnement du grand mécanisme de l’univers et garantit le fin équilibre entre le bien et le mal. C’était une jeune couple, fraîchement mariée — lui, baraqué, avec un petit embonpoint et les épaules voûtées à cause d’un travail sédentaire, toujours trop occupé sur le boulot, … Continue reading L’allumette

Le langage

Est-ce que j’ai un langage pour les algues qui s’ondulent sur la surface sombre du canal au centre-ville de Leipzig nocturne ? Est-ce que j’ai un langage pour la réflexion de quelques réverbères et d’une fenêtre solitaire toujours allumée sur une façade lourde et obscure d’un vieil immeuble, qui se mêlent tous en une intelligible tache de lumière frémissant au milieu d’un courant boueux ? Est-ce que j’ai un mot pour le bruit d’une voiture qui passe par la Harkortstraße, presque déserte à cette heure nocturne, et qui commence à s’éloigner dans les quartiers somnolents, faits de vieilles briques, d’anciens … Continue reading Le langage

Когда

Если вы читаете мой блог достаточно давно, то, наверное, не могли не заметить, что многие мои публикации (примерно каждая вторая) начинаются со слов «Когда мне было пять», «Когда я пошел в девятый класс», «Когда мне было неполных 12» и т. д. Возникает ощущение, что я только и пишу, что о моем детстве и никак не могу перейти к серьезным, взрослым темам, над которыми на самом деле должны размышлять уважающие себя авторы — к политике там, к насилию, к социальной несправедливости, к разорванным сердцам и к незаметно порабощающим мир машинам. Когда мне было… Как бы, ну сколько можно, хочется сказать, ну … Continue reading Когда

James Webb

Le télescope James Webb est prêt. Quand tu le vois sur le terrain de test, plié et enfermé dans un coquillage réflectif, entouré par les gens de la NASA en costumes de protection, tous portant les masques et les visières, leurs yeux braqués sur le géant qui a déjà coûté des milliards de dollars et qui est suivi en permanence par des milliers de personnes partout dans le monde, le voilà dans toute sa splendeur, — quand tu le regardes, toujours ici, sur Terre, pas encore en orbite autour du Soleil, toujours relativement près de toi, et ton cœur se … Continue reading James Webb

Друзья

Вернувшись после летних каникул на юге в Москву в новом статусе первокурсника, я с нетерпением ждал первого учебного дня. Меня переполняли ожидания и предвкушения. Мое только что освободившееся от школьной реальности тело жаждало новых ощущений, ныло от необходимости новых чувств, драм новой глубины, любви новой степени безответности, голосов новой хрипоты, аудиторий новой гулкости. Первого сентября, в девять ноль-ноль, как штык, я был у дверей моей первой аудитории с покосившейся табличкой «535», амфитеатром деревянных столов и высокими окнами с видом на внутренний двор университета, где валялся строительный мусор, торчали кирпичные трубы лабораторий, неприязненно щурились на меня аляповатые позднесоветские пристройки к конструктивистским … Continue reading Друзья

Trilobite

Lot n°3180, un trilobite marocain, âge : environ 380 millions d’années, état : excellent, prix : 5195 euros. Cliquez ici pour obtenir plus d’informations sur ce fossile. … né il y a à peu près 380 millions d’années dans l’océan Téthys, au large de la Pangée, aujourd’hui tous le deux disparues (ou plutôt cassées et légèrement étalées surtout pour faire un peu plus joli sur l’icône de compteur de notifications et aussi, pourquoi pas, pour micro-optimiser les dépenses de Facebook en simplifiant la tâche de designer qui aurait autrement investi des heures pour résoudre le dilemme de cette drôle de … Continue reading Trilobite

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Янтарное солнце конца августа, которое делает кирпичные дома молочно-шоколадными и пломбироподобными (в зависимости от года постройки и стиля архитектуры), стекла припаркованных машин и текущие в них отражения — карамельными, неподвижный велосипед, пристегнутый к дорожному знаку, и ветки деревьев, пробивающиеся сквозь строительный забор, все более нахальные по мере того, как ты удаляешься от центра города, — капуччинно-коричными, а отполированную чоботами, туфлями и кроссами брусчатку под ногами — горячей и нежной, словно свежую венскую вафлю. Мягкое солнце облачает в ажур кончики твоих ресниц, пока ты медленно движешься по пустой улочке, держа путь от шумной дороги в глубь жилого квартала и оставляя за … Continue reading ***