Ma mère

Ma mère est un point dans un grand universQui scintille doucement aux abords de mes rêvesUn point qui sait lire ma vie à l’enversQui cesse de parler quand l’amour apparaît Ma mère est un astre dont la faible lumièreOn voit dès le début d’un voyage de cent ansQui perce la nuit sur l’ancien cimetièreMettant un sourire sur les lèvres des gisants Ma mère lointaine atlantique cubaineMa mère la rivière la baie la merQui mêle à la mélancolie urbaineLe goût de cerises immatures et amères Ma mère mois de juin roux des cheveux rouge des lèvresDont la silhouette s’incrustait dans l’azurDes … Continue reading Ma mère

Texas des cieux, les Indes des rues

Texas des cieux, les Indes des ruesLes Atlantiques d’immeubles noircisLes sons qui sortent de la carrureDes trous dans les murailles graciles Le chuchotement de l’horizonQui fait la cour au jour prochainEn lui offrant de minces morceauxDes nuages d’un rouge alléchant Le grand silence qui s’étendAu-dessus des vagues du bétonEn se couvrant de plis du tempsQui berce les fragiles bateaux De la rêverie et des espoirsQu’on gare tout près de sa fenêtreRentrant chez soi au fond du soirConcave et privé de phonèmes Les monts du vide se profilentAu loin où garde l’équipe de nuitUn périmètre qui sert d’asilePour les âmes sorties … Continue reading Texas des cieux, les Indes des rues

On consciousness, ChatGPT and things you’re (still) good at

This post is in English as it is going to talk about a fairly hot topic and is probably intended for a slightly broader audience than my core readers — that is, my mom, my French-speaking me and my Russian-speaking me. You might also consider it a note to self that I wrote to future me and that then, due to some odd spatio-temporal phenomenon, got to you. Maybe you are future me, and you’re reading this with your trademark chuckle and that unique expression on your face that combines almost the equivalent amounts of self-contempt, self-doubt and poorly hidden admiration for … Continue reading On consciousness, ChatGPT and things you’re (still) good at

La réponse

On s’est rencontrés quelque part dans l’Internet — il est difficile à dire où exactement ; l’Internet est vaste, mais à ce moment-là, il était tout petit. Il a grandi avec nous tout en gardant en soi notre lieu de rencontre sans que nous puissions maintenant le déceler — un peu comme une petite cabane au Canada qui lentement devient le Canada entier à mesure qu’on scrolle le zoom en essayant d’occuper le reste d’une soirée d’hiver pas encore tuée avec une activité si vide qu’elle soudainement devient méditative ; un peu comme un dessin de M. C. Escher sur … Continue reading La réponse

Дом

В доме на даче было два входа — один парадный, который еще назывался «крыльцо», куда выходил долгий рейчатый коридор, из коридора дедушка, из дедушки дым, из дыма еще дым, дым крепких дымных папирос, смешивавшийся с кустарниками в солнечную дырочку и ягодную точечку; второй вход — «черный», или еще «задний», со стороны кухни, откуда выходила бабушка, запахи кухни, грохот кастрюль и поварешек, шипение жарящихся блинов, катание скалки и избыток сладких сумерек, накапливавшийся в доме за ночь и просачивавшийся наружу с наступлением утра, когда кухонная дверь на пружине взламывала покрытую росой плоскость красного фасада, выпуская хрупкую бабушкину фигуру в пуловере поверх пижамы … Continue reading Дом

Я и мой шарф

Школа подходила к концу, классы навинчивались на мое утомленное диктантами и домашками запястье, и что-то большое начинало проступать в бесфонарной ночи, напичканной крышами Патриарших и пляжами Атлантики. Было шелково и серебряно, кончался февраль, летели конфетти, густела каша, текла пространственно-временная акварель. Когда зима закончилась, я достал из моей душной и непрозрачной квартиры, наполненной запахами нестиранного, свежего, жидкого, волосатого, пустого и звонкого, а также многого-многого другого, невероятно густого и остро-колючего, достал из нее наконец дождавшийся своих погод длиннющий вязаный шарф — почти два метра — связанный под заказ моей мамой, которая без слов догадалась о ноющей необходимости заполнить хоть как-то угнетающую нудность … Continue reading Я и мой шарф

La monotonie

Les vagues du temps qui me lancentVers la muraille lisse des joursQui m’éclaboussent quand j’avanceEt qui m’attrapent quand je chute Les eaux gluantes des nuits amèresOù bercent les algues du sommeilLes innombrables faibles chimèresNées d’amalgames de moi-même La balbutie des jours qui passentLe clapotement des heures qui coulentLe long des rues qui, elles, s’évasentDevant les yeux d’un somnambule La sérénade incessanteQue siffle en boucle le ciel moisiEn pourléchant les fenêtres luisantesAvec sa langue cramoisie Monotonie tu as mon âmeTu as mon cœur et mes poumonsTu fixes sur moi tes yeux macabresCataractés d’appartements Tu as mon suc et mon sangTu as … Continue reading La monotonie

La main nocturne

La main nocturne qui envideLes fenêtres jaunes sur le videLes murs grisâtres sur le rienLes âmes des autres sur la mienne Les édifices qui sommeillentQui s’enchevêtrent qui s’emmêlentDans le filet de troncs d’érablesDans les hiéroglyphes des rails Le jour prochain qui sort des vitresComme un bizarre embryonCouvrant la coque de la nuitDe minces fentes des avions Le noir des yeux le rose des peauxLes pas légers des réveillésLes rais qui tombent comme des copeauxDes portes-fenêtres entrebâillées Les dissonances les unissonsLe grand silence qui s’étendLa grille courbée des petites maisonsLa flaque bleue de l’océan La lame vermeille de la lumièreFait une … Continue reading La main nocturne

Le mouvement

Le jour pur et durSe mue en doux soirLaissant place à la nuitDans le vaste pourrissoirDu passé du présentDe l’impalpable futurOù l’âme vaguement pressentSes prochaines amertumesL’azur devient le noirLumière devient ténèbresL’homme joue son humble partEt l’homme resserre ses lèvres Continue reading Le mouvement

Le brouillard

Les réverbères coupent l’airLeurs rais s’occupent de l’hiverQui, grand et sombre, s’affaissaSur le monceau de raides façades Les rues se courbent autour des rouesLes murs attrapent les voix qui hurlentLes roues, eux, roulent, les voix, eux, raillentLe noir miroite entre les rails La ville saumure dans le brouillardSes formes mornes, ses toits rigidesSes citadins, ses âmes trouillardesN’osant sortir de leurs gîtes Les minces palmures de la lumièreRemuent doucement la nuit gluanteLes immuables réverbèresSortent de leurs stalles dans l’asphalte L’essaim de grandes tortues marinesPar la fêlure dans l’aquariumSous le couvert de la bruineSe file lentement dans l’océan Continue reading Le brouillard