La datcha

La datcha. Trois mois de l’année, la moitié de la vie ressentie, relativiste comme un rai de soleil de la première semaine de juin, citronnée comme le thé dans la grande tasse de mon grand-père à la fois aimé et effrayant à cause de sa taille, elle était toujours là — là où je l’attendais, là où je me précipitais après être descendu du train en provenance de Saint-Pétersbourg, là où la lumière faisait courir sur le sol piétiné d’une petite ruelle des drôles d’ocelles comme sur le cou de girafe, produites par les réflexions du soleil multiplié dans le … Continue reading La datcha

Le printemps

L’arrivée du printemps dans ma ville était toujours soudaine, inattendue et ubique — un peu comme un de ces évènements marquants dans la vie qu’on attend avec impatience et nervosité, pour lesquelles on essaie de se préparer en lisant d’innombrables articles sur le sujet et en embêtant ses amis qui avaient déjà fait l’expérience avec d’incessantes questions : « Ça fait comment ? C’est vraiment fort ? Est-ce douloureux ? Ça pique ? On s’en souvient après ? On est inconscient ou presque ? Et après, ça dure combien de temps ? ». Une de ces expériences transformatrices qu’on ne … Continue reading Le printemps

Le temps n’est pas une flèche

Le temps n’est pas une flècheC’est l’océan dont nous flottons on topLes drames, les dragues, les habitudesQui constituentLes gouffres et les rivièresLes marées-hautes, les marées-bassesD’avant, d’après, d’autrui, d’ourselvesQui ruissellentDans tous les sensEt qui s’écoulent par les petites fentesDes portes entrebâillées, des grilles de garde-corpsQui giclent du robinet d’un jet fumantQui s’évaporent du fond de la bouilloireOf who you arePendant que tu dorsLes vagues de mémoire t’emportent aux endroits cachés et peu connusAux îles lointaines aux terras incognitas mais en même temps bien familièresElles t’enveloppent, te bercent, te caressentEt quand tu ouvres les yeuxOu même avant que tu le fassesLe mouvement … Continue reading Le temps n’est pas une flèche

Les champignons

Aller cueillir les champignons dans la forêt à la campagne. C’était, paradoxalement, mon activité préférée et en même temps la plus détestée de toute mon enfance. Détestée — parce qu’il fallait se lever très, très tôt — et je veux dire vraiment tôt : à 5 h de matin, voire 4 h de matin, quand le soleil, dont la présence en été semble être quelque chose de perpétuel pour un adolescent qui se lève vers midi et s’endort à 21 h, était toujours caché sous la ligne de l’horizon et on ne pouvait deviner l’heure que par la couleur du … Continue reading Les champignons

Монолог

— Отстой, да, зайка, что живем во время смены эпох? Нет бы дальше скроллился себе инстаграм, мерцал экран телефона и тек между измазанных в вегетарианской «Маргарите» пальцев специально подобранный для твоих палеолитических инстинктов заботливым алгоритмом-родителем фид. Но вот нет. Какому-то лысому с комплексом Владимира Красное Солнышко потребовалось перекроить карту Европы, устроить геополитическую катастрофу и затеять переселение народов. Долбаная политика. Ненавижу! И главное, нет бы — Сирия, нет бы — Ирак, Кувейт там, какие там еще страны есть, где эти, мужики бородатые, как они, которые срутся все время — сунниты и… Шииты, спасибо! Эти мочат друг друга, и женщины у них … Continue reading Монолог

Пропаганда

Самое драматичное, трагическое, трогательное и чудовищное в сегодняшнем эпизоде со вторжением храброй девушки с плакатом в прямой эфир «Первого канала» — это не ее месседж, наверняка тщательнейше обдуманный и взвешенный — так, чтобы и все сказать, и в то же время чтобы не слишком мелко получилось, не ее строгий черный костюм «женщины из телевизора» и не ее безукоризненная стрижка и высококлассный макияж, на фоне которых транспарант с уличным лозунгом, словно вырванный из одного из многотысячных митингов начала 2010-х, выглядел почти так же неуклюже, как тонкий силуэт женщины в норке, спускающейся в киевское бомбоубежище. Не-а. Это не ее крики «Нет войне! … Continue reading Пропаганда

Утрачено

Звонкие мальчишечьи голоса, кружащиеся внутри двора-колодца и оседающие на черствую почву чуть раньше драного мяча и летящих с носа кроссовка песчинок, которым все равно, тысяча восемьсот или две тысячи двадцать, башмак или контрафактный Nike — потеряно навсегда. Напряженное ожидание маршрутки февральским вечером во вьюжном коконе, смешанное с наблюдением за кружением снежинки в свете уличного фонаря и судорожным топтанием на месте в безуспешной попытке компенсировать стилистическую жертву элегантно-небрежно наброшенного на открытую шею дизайнерского шарфа, так органично и так остро-респираторно сочетающегося с торчащим из тонких губ «Честерфилдом» — утрачено окончательно. Появление головы электрички из-за поворота в зеленой гуще, шевелящейся свежими листочками и … Continue reading Утрачено

La paix

Le moment où la guerre a été gagnée — ce n’était pas le moment où les bicolores ont repoussé les tricolores et ont repris le contrôle des villes principales. Ce n’était pas le moment où les développeurs frontend et les architectes des systèmes d’information ont finalement reçu les armes envoyées par les allies et se sont lancés en contre-attaque, chassant leur ennemi vers les frontières et se vengeant des camarades tombés. Ce n’était pas non plus le moment où le groupe d’oligarques est, après une hésitation initiale, entré dans les salles de la forteresse au sein du royaume méchant et … Continue reading La paix

La femme qui regarde la caméra

Voici la femme qui regarde la caméra. Elle est vêtue de jeans skinny et d’un manteau d’hiver, un peu amorphe, mais orné d’un faux col et évasé au niveau de la taille pour souligner l’identité sexuelle de sa propriétaire — un de ces vêtements que portent les habitantes des pays avec un climat rude dans en effort désespéré de rester au chaud et en même temps de garder les traces d’élégance. Derrière elle — la rue, presque déserte, flanquée des arbres nus dont les branches balayent la pâle masse du ciel, percée par quelques éclaircis, eux aussi, livides et éphémères. … Continue reading La femme qui regarde la caméra

La photo

Je regarde la photo d’un rivage du petit fleuve dans une bourgade où je passais mes étés quand j’étais petit. Je regarde une simple photo, et pourtant, je sais bien qu’en réalité, c’est tout sauf simple. Les pixels verts de mon écran qui composent la verdure des herbes parsemées des bouts de cigarettes et des petits morceaux d’emballage, les pixels bruns qui composent le brun du sol argileux qui descend en pente dans l’eau légèrement ondulée en passant vite au noir sous la surface, ils tous sautent sur moi, m’enveloppent et m’entourent. L’image entière glisse parfaitement en place et fait … Continue reading La photo