La bête

La fourrure blanche sur les pattes d’acierQui tremble sous les bourrasques du ventQuand la bête en béton aspire au cielEn essayant de quitter son antre Les jambes des tours nervurées des fêluresPoussent la terre dans un effort désespéréDe détacher le poids de son fémurEt faire un saut envers les nuages dorés Les yeux des cours cernés des chemins battusOù béent les pupilles qui se bougent à peineVersant leur regard de chien battuVers la bleuté lointaine et nettement découpée Les gouttes des fenêtres qui s’évaporent de la peau durcieDes bras et des épaules du corps du géantÀ mesure que maintenant et … Continue reading La bête

Tout ça

Tout ça : la petite professeure de français qui t’ouvre la porte avec un joli sourire, en te disant d’une voix enjouée et douce : « Mais vous voilà ! On vous attend déjà ! », comme si le test d’expression que tu dois passer — pour manque d’acceptation du fait que la langue de Baudelaire, tout comme Baudelaire lui-même, sont bel et bien dans ton sang, — comme si cet examen-là n’était qu’une agréable conversation dans un café par un matin ensoleillé d’un début d’avril, l’ordi dans un coin, les rais du soleil printanier qui pénètrent gaillardement dans la … Continue reading Tout ça

La mort du jour

La mort du jour dans la salle à mangerQu’assiste la famille entière en souriantLe jour qui a fait de son mieux pour être légerEt qui est mort pour rien — ou presque rien J’ai quatorze ans ; ma vie est faite de pure conscienceLes chemins rustiques sortent de mon corps comme mes propres membresJ’erre sur les rives émaciées et dans mon erranceJe précipite l’avènement du demain Qui vit encore ; qui, comme chaque jour nouveauEspère qu’il va durer infinimentEt qui, en entrevoyant le sort de son aïeulCommence à s’agripper avec ses pinces À des arbustes verts ; aux pins qui … Continue reading La mort du jour

Les cyprès

Les cyprès écailleux de Madrid qui oscillent lentementDans les marges de la symétrie émaciée par le ventSous les faibles caresses de ses doigts désossés et si lestesQu’ils arriveront plus tard à en sortir la poussière célesteLes palmipèdes de pieds dans l’océan du sable illusoireQui ballent qui valsent et qui semblent parler en sous-mainDans une énorme salle où le soleil pendouille au midiPénétrant les recoins les plus sombres d’une âme alourdieLa bohème qui s’encastre dans les balcons des plus beaux quartiersLes boutiques les cafés les vitrines le bruit de papierQui tremblote dans les mains d’un vieil homme assis sur le bancDont … Continue reading Les cyprès

Madrid

Madrid, je te promets : je reviendraiJe reviendrai pour revoir tes cheminéesQui s’acheminent vers le ciel étoiléEn s’éminçant à mesure que tes alléesS’allongent en s’écoulant dans la verdureEt transparence de l’air chaud d’après-midiOù se brassera bientôt le caramelDu soir qui remplira d’abord les creuxDes places des rues des fenêtres et des balconsQui montera plus tard par les ruellesÉtroites du centre-ville vers le palais royalEn submergeant ses salles d’orange du bleuDu céladon du mauve et du vermeilEn empruntant les teintes manquantes des yeuxDes serveurs las et des toiles de GoyaIl débordera très vite les étagesPercera le toit et giclera en dehorsÉclaboussant … Continue reading Madrid

Ma mère

Ma mère est un point dans un grand universQui scintille doucement aux abords de mes rêvesUn point qui sait lire ma vie à l’enversQui cesse de parler quand l’amour apparaît Ma mère est un astre dont la faible lumièreOn voit dès le début d’un voyage de cent ansQui perce la nuit sur l’ancien cimetièreMettant un sourire sur les lèvres des gisants Ma mère lointaine atlantique cubaineMa mère la rivière la baie la merQui mêle à la mélancolie urbaineLe goût de cerises immatures et amères Ma mère mois de juin roux des cheveux rouge des lèvresDont la silhouette s’incrustait dans l’azurDes … Continue reading Ma mère

Texas des cieux, les Indes des rues

Texas des cieux, les Indes des ruesLes Atlantiques d’immeubles noircisLes sons qui sortent de la carrureDes trous dans les murailles graciles Le chuchotement de l’horizonQui fait la cour au jour prochainEn lui offrant de minces morceauxDes nuages d’un rouge alléchant Le grand silence qui s’étendAu-dessus des vagues du bétonEn se couvrant de plis du tempsQui berce les fragiles bateaux De la rêverie et des espoirsQu’on gare tout près de sa fenêtreRentrant chez soi au fond du soirConcave et privé de phonèmes Les monts du vide se profilentAu loin où garde l’équipe de nuitUn périmètre qui sert d’asilePour les âmes sorties … Continue reading Texas des cieux, les Indes des rues

La réponse

On s’est rencontrés quelque part dans l’Internet — il est difficile à dire où exactement ; l’Internet est vaste, mais à ce moment-là, il était tout petit. Il a grandi avec nous tout en gardant en soi notre lieu de rencontre sans que nous puissions maintenant le déceler — un peu comme une petite cabane au Canada qui lentement devient le Canada entier à mesure qu’on scrolle le zoom en essayant d’occuper le reste d’une soirée d’hiver pas encore tuée avec une activité si vide qu’elle soudainement devient méditative ; un peu comme un dessin de M. C. Escher sur … Continue reading La réponse

La monotonie

Les vagues du temps qui me lancentVers la muraille lisse des joursQui m’éclaboussent quand j’avanceEt qui m’attrapent quand je chute Les eaux gluantes des nuits amèresOù bercent les algues du sommeilLes innombrables faibles chimèresNées d’amalgames de moi-même La balbutie des jours qui passentLe clapotement des heures qui coulentLe long des rues qui, elles, s’évasentDevant les yeux d’un somnambule La sérénade incessanteQue siffle en boucle le ciel moisiEn pourléchant les fenêtres luisantesAvec sa langue cramoisie Monotonie tu as mon âmeTu as mon cœur et mes poumonsTu fixes sur moi tes yeux macabresCataractés d’appartements Tu as mon suc et mon sangTu as … Continue reading La monotonie

La main nocturne

La main nocturne qui envideLes fenêtres jaunes sur le videLes murs grisâtres sur le rienLes âmes des autres sur la mienne Les édifices qui sommeillentQui s’enchevêtrent qui s’emmêlentDans le filet de troncs d’érablesDans les hiéroglyphes des rails Le jour prochain qui sort des vitresComme un bizarre embryonCouvrant la coque de la nuitDe minces fentes des avions Le noir des yeux le rose des peauxLes pas légers des réveillésLes rais qui tombent comme des copeauxDes portes-fenêtres entrebâillées Les dissonances les unissonsLe grand silence qui s’étendLa grille courbée des petites maisonsLa flaque bleue de l’océan La lame vermeille de la lumièreFait une … Continue reading La main nocturne