L’univers

L’univers, mon chéri, j’ai une chose à vous direJe vous aime, je vous aime, même si ça vous fait rireMême si ça vous fait perdre vos étoiles et vos videsLes laissant ruisseler sur mes mains lividesQue je tiens vers vous depuis mon balconVous croyant gentil pour une raison quelconqueJe vous fais une offrande me penchant dans la nuitEntachée des écrans et plaisante à l’ouïeJe m’agrippe avec force au métal de la barreEn livrant mon front pâle à vos gouttes avaresQui, sorties des nuages cabossés et hirsutesCherchent à être adoptées par une âme qui transsudeÀ travers les rayures de chair et … Continue reading L’univers

Les fenêtres du quartier

Les fenêtres du quartierAvec les silhouettes des habitantsComme la photo fameuse du trou noirOù tombe la lumièreDes jours d’étéDes jours d’hiverDes jours fériésDes jours ouvrésS’effondre dans le cœur de solitudeDu temps perdu et de l’espace courbéD’espaces entre les mots qui blessentEt d’intervalles avec lesquels ils vibrentTous comprimés en un seul pointLourd d’un million de soleilsD’où n’échappe rienMême les sanglotsMême les prièresMême le cliquetis d’une fluette cuillèreDans une tasse de chocolat attiédiRien sauf la radiation très faible et en faitComplètement théoriqueQui émane de la noirceur des vitresEt que tu peux parfoisDeviner dans l’oscillation d’un petit objet brillantQui semble être à l’intérieur … Continue reading Les fenêtres du quartier

Moi

Moi dont les jambes étiques et torduesAvec tous leurs mouvements et les modèles de jeanToute leur hésitation et leurs pas décisifsY compris ceux-ci que je n’ai pas encore faitsSont sorites d’imbroglio du grand kaboomAu moment où le temps n’était qu’un prétexteInventé pour sortir la matière de son trouOù elle se sentait si bien et non-existantAu moment où il n’y avait encore pas de momentsEt le son de la télé suintant du salonEt le bourdonnement du frigo bien rempliAinsi que les Lumières et la Guerre de Cent AnsN’étaient que les erreurs répétées de mesureD’un angle aigu entre l’être et le non-êtreQui … Continue reading Moi

L’examen

Bonjour M. Vachuque, Ceci est un email pour vous rappeler que demain aura lieu, comme prévu, votre examen de langage universel (formation générale). Le test commencera à 9 h 30, l’inscription sera ouverte à partir de 8 h 55. Nous vous recommandons d’arriver ponctuellement au début de l’inscription pour éviter les délais. Le lieu du test reste le même : la filiale du Conseil galactique des langues et de l’expérience subjective immédiate, située au quatrième étage du Berolinahaus sur l’Alexanderplatz 1, Berlin. Ce bâtiment se trouve tout au centre de la fameuse place berlinoise, juste à quelques mètres de la … Continue reading L’examen

Commander Keen

J’ai un casque jaune avec deux rayures vertes au centre et une grande bosse d’un côté, un blaster rouge qui crache des bulles de plasma et les poches pleines de munition. Je saute sur mon pogo stick et j’avance sur le sol purpurin, couvert de drôles de moellons et bizarrement incliné, dans un endroit à l’atmosphère hostile d’une planète aride où j’ai crashé sur mon petit vaisseau spatial (que j’ai construit moi-même dans l’arrière-cour de ma maison, mais ça, c’est une autre histoire pour une autre fois). Maintenant, j’ai un problème assez urgent à résoudre. Ou, plutôt, deux problèmes, l’un … Continue reading Commander Keen

Je mens

IJe mens. Je m’ensemence des faux serments et je m’en sensSain, sauve, heureux, en toute sécuritéJe m’ensevelis et j’en susciteLe sentiment d’immense satisfactionMais sans aucune trace de saleté là-dedansJe mensSans nécessité dans tous les sensAvec sérénité et une grande aisanceJe mens depuis enfantPeut-être même depuis ma propre naissanceOu bien que sais-je peut-être bien avantQue je ne sois conçuÀ ce moment très dramatique et si puissant qu’il a réussiD’une manière mystérieuse et totalement hors-scienceÀ traverser les parois de cellules d’épiderme et pénétrer dans les espaces sous-cutanésDu jeune corps de ma mère dont les seinsOnt été caressés par une main frêle et … Continue reading Je mens

Quelqu’un

Est-ce qu’il n’y a dans tout l’univers qu’un seul tilleul, chauffé par son étoileSur un terrain vague entre deux voiesQu’une seule épicerie de nuit brillant furieusement comme un phareQu’un seul fleuve charriant les éclats de boisEst-ce qu’il n’y a pas de guerres, pas de meurtres, pas de tires, pas d’attentatsPas d’émissions spéciales pour marquer l’anniversaire sombrePas de minutes de silence, pas de fermeté des hommes d’ÉtatMême pas d’écho des pas d’un voisin ou de bruit de la poubelle qu’il sort Aucun mouvement dans la noirceur autour d’innombrables globesQui roulent dans leurs ornières tournant dans le silence totalAucune buée sur la … Continue reading Quelqu’un

Un homme au bord de l’océan

Un homme au bord de l’océanUne goutte de conscienceVenu à la rencontre des gouttes d’eauQui sautent en l’air qui éclaboussent son visageQui le taquinentLe saluentLui disent allo mon vieuxBonjour/hiBienvenue chez vousRavi de te voirOu bien revoir pour une énième foisMême si ta mémoire ne conserve que les deux dernièresL’été 2017 l’été 2022En omettant tous les hivers et les automnes de tous les ansAvant qu’on commençât à suivre ce drôle de calendrierDe tous les millénaires des ères et des éons qu’on a passés ensembleMoi dans mon lit rocheux roulant mes vagues verdâtreToi sur le fond, fumant noir, flottant, sans te mouver, … Continue reading Un homme au bord de l’océan

Elle

Je tiens un flacon de parfum dans ma main. Il scintille dans la lumière ambrée du soir suintant à travers les rideaux immobiles dans l’accalmie parfaite de l’air, il tamise les rayons droits et poussiéreux, les filtrant avec ses parois et les émettant à l’autre côté, où ils touchent, radoucis et tempérés, la surface râpeuse du mur, y formant une tache ovale avec une petite écorchure qui correspond à la forme de mon doigt, posé sur le bouton-poussoir de vaporisateur. Je l’appuie. J’aspire. J’aspire, par morceaux, Paris, métro, la femme en manteau, son mari en chapeau, leur fils avec ses … Continue reading Elle

La lettre

Bonjour Monsieur Vaschuque, Je me présente : je m’appelle Marcel, je suis votre père. Eh oui, je sais, je sais ce que vous venez de vous dire. Je peux même imaginer l’expression de votre visage en ce moment-ci : les yeux roulés vers le ciel, les sourcils légèrement haussés, puis les paupières se baissent en se fermant pour un instant comme en un effort désespéré de retrouver le calme et la rationalité dans ce monde complètement déjanté ; vous regardez ailleurs, vous aspirez profondément, mais prudemment afin de ne pas révéler votre déception — tout comme un grand connaisseur d’art … Continue reading La lettre