Madrid

Madrid, je te promets : je reviendraiJe reviendrai pour revoir tes cheminéesQui s’acheminent vers le ciel étoiléEn s’éminçant à mesure que tes alléesS’allongent en s’écoulant dans la verdureEt transparence de l’air chaud d’après-midiOù se brassera bientôt le caramelDu soir qui remplira d’abord les creuxDes places des rues des fenêtres et des balconsQui montera plus tard par les ruellesÉtroites du centre-ville vers le palais royalEn submergeant ses salles d’orange du bleuDu céladon du mauve et du vermeilEn empruntant les teintes manquantes des yeuxDes serveurs las et des toiles de GoyaIl débordera très vite les étagesPercera le toit et giclera en dehorsÉclaboussant … Continue reading Madrid

Ma mère

Ma mère est un point dans un grand universQui scintille doucement aux abords de mes rêvesUn point qui sait lire ma vie à l’enversQui cesse de parler quand l’amour apparaît Ma mère est un astre dont la faible lumièreOn voit dès le début d’un voyage de cent ansQui perce la nuit sur l’ancien cimetièreMettant un sourire sur les lèvres des gisants Ma mère lointaine atlantique cubaineMa mère la rivière la baie la merQui mêle à la mélancolie urbaineLe goût de cerises immatures et amères Ma mère mois de juin roux des cheveux rouge des lèvresDont la silhouette s’incrustait dans l’azurDes … Continue reading Ma mère

Texas des cieux, les Indes des rues

Texas des cieux, les Indes des ruesLes Atlantiques d’immeubles noircisLes sons qui sortent de la carrureDes trous dans les murailles graciles Le chuchotement de l’horizonQui fait la cour au jour prochainEn lui offrant de minces morceauxDes nuages d’un rouge alléchant Le grand silence qui s’étendAu-dessus des vagues du bétonEn se couvrant de plis du tempsQui berce les fragiles bateaux De la rêverie et des espoirsQu’on gare tout près de sa fenêtreRentrant chez soi au fond du soirConcave et privé de phonèmes Les monts du vide se profilentAu loin où garde l’équipe de nuitUn périmètre qui sert d’asilePour les âmes sorties … Continue reading Texas des cieux, les Indes des rues

La réponse

On s’est rencontrés quelque part dans l’Internet — il est difficile à dire où exactement ; l’Internet est vaste, mais à ce moment-là, il était tout petit. Il a grandi avec nous tout en gardant en soi notre lieu de rencontre sans que nous puissions maintenant le déceler — un peu comme une petite cabane au Canada qui lentement devient le Canada entier à mesure qu’on scrolle le zoom en essayant d’occuper le reste d’une soirée d’hiver pas encore tuée avec une activité si vide qu’elle soudainement devient méditative ; un peu comme un dessin de M. C. Escher sur … Continue reading La réponse

La monotonie

Les vagues du temps qui me lancentVers la muraille lisse des joursQui m’éclaboussent quand j’avanceEt qui m’attrapent quand je chute Les eaux gluantes des nuits amèresOù bercent les algues du sommeilLes innombrables faibles chimèresNées d’amalgames de moi-même La balbutie des jours qui passentLe clapotement des heures qui coulentLe long des rues qui, elles, s’évasentDevant les yeux d’un somnambule La sérénade incessanteQue siffle en boucle le ciel moisiEn pourléchant les fenêtres luisantesAvec sa langue cramoisie Monotonie tu as mon âmeTu as mon cœur et mes poumonsTu fixes sur moi tes yeux macabresCataractés d’appartements Tu as mon suc et mon sangTu as … Continue reading La monotonie

La main nocturne

La main nocturne qui envideLes fenêtres jaunes sur le videLes murs grisâtres sur le rienLes âmes des autres sur la mienne Les édifices qui sommeillentQui s’enchevêtrent qui s’emmêlentDans le filet de troncs d’érablesDans les hiéroglyphes des rails Le jour prochain qui sort des vitresComme un bizarre embryonCouvrant la coque de la nuitDe minces fentes des avions Le noir des yeux le rose des peauxLes pas légers des réveillésLes rais qui tombent comme des copeauxDes portes-fenêtres entrebâillées Les dissonances les unissonsLe grand silence qui s’étendLa grille courbée des petites maisonsLa flaque bleue de l’océan La lame vermeille de la lumièreFait une … Continue reading La main nocturne

Le mouvement

Le jour pur et durSe mue en doux soirLaissant place à la nuitDans le vaste pourrissoirDu passé du présentDe l’impalpable futurOù l’âme vaguement pressentSes prochaines amertumesL’azur devient le noirLumière devient ténèbresL’homme joue son humble partEt l’homme resserre ses lèvres Continue reading Le mouvement

Le brouillard

Les réverbères coupent l’airLeurs rais s’occupent de l’hiverQui, grand et sombre, s’affaissaSur le monceau de raides façades Les rues se courbent autour des rouesLes murs attrapent les voix qui hurlentLes roues, eux, roulent, les voix, eux, raillentLe noir miroite entre les rails La ville saumure dans le brouillardSes formes mornes, ses toits rigidesSes citadins, ses âmes trouillardesN’osant sortir de leurs gîtes Les minces palmures de la lumièreRemuent doucement la nuit gluanteLes immuables réverbèresSortent de leurs stalles dans l’asphalte L’essaim de grandes tortues marinesPar la fêlure dans l’aquariumSous le couvert de la bruineSe file lentement dans l’océan Continue reading Le brouillard

Saint-Pétersbourg

Les yeux des ponts de PétersbourgLes pigeons mauves sur vos sourcilsLes larmes figées des sombres toursQu’émane la ville de ses lacis L’impénétrable coucher radieuxDerrière lequel s’étend le videContenant encore un peu de dieuGrouillant de l’injoignable vie Les couches du bleu les couches du vertLes touches du rouge pour les colonnesQui, comme en hésitant, s’insèrentDans les serrures versicolores Les taches du jaune pour les lumièresQui tendent leurs souples tentaculesDes lisses quais dans la rivièreFrôlant le jour qui recule Les cours parfaitement circulairesD’où lancent leurs vols saisonniersLes lignes de linge irrégulièresVers l’azur sillonné des nefs Les âmes des hommes les âmes des … Continue reading Saint-Pétersbourg

La pêche

Les murs catchés dans le filet des ombresQue jette sur eux le pêcheur du matinLes fenêtres qui tressaillent sur les flancs des immeublesComme les branchies d’un poisson haletantLe jour se lève, l’étoile s’arronditUne autre truite pantelante s’ajouteÀ un amas de pêche qui granditSur le pont du bateau glissant d’écailles des jours Continue reading La pêche